2.1 Evolution des approches méthodologiques

On peut considérer, sans simplification excessive, que du point de vue de la méthode, trois approches ont été expérimentées dans le cadre de la lutte contre la désertification.

2.1.1.. Stratégie d’intervention en "régie"

La stratégie d’intervention en régie s’est généralisée au début des années 60. A l’époque, l’Etat apparaissait comme le principal régulateur de la vie économique et l’unique centre de décision pour ce qui concerne la définition et la mise en œuvre des politiques de développement rural. Il a initié, en partenariat avec les agences de coopération, d'importants programmes de gestion des ressources naturelles et de lutte contre la désertification. Ces programmes poursuivent trois objectifs prioritaires :

Il convient de souligner que les investissements consentis ont servi à promouvoir en priorité les actions de reboisement en régie. Toutefois, le secteur de l'élevage n'a pas été délaissé, puisque des efforts ont été consacrés à l’aménagement de mares artificielles, ainsi qu’à l’ouverture de pare-feux. Dans le domaine de l'agriculture, les efforts ont porté sur la réalisation d’aménagements hydro-agricoles, en particulier dans la zone du Delta du fleuve Sénégal.

Très vite, ces différentes actions conduites en régie ont montré leurs limites. A cela, plusieurs raisons :

Il apparaît clairement que l'implication des populations constitue le gage de succès et de pérennisation des actions de lutte contre la désertification. Cette prise de conscience va conduire à une réorientation de la politique de reboisement et de régénération du milieu naturel.

2.1.2. Approche communautaire

L’approche communautaire vise à intégrer les actions de lutte contre la désertification dans un programme global de gestion des terroirs villageois. Dans cette perspective, les groupes bénéficiaires sont étroitement impliqués dans les processus d'identification, de mise en oeuvre et d'évaluation des actions d’aménagement et de gestion des ressources naturelles. Dans le domaine de la reforestation, l’adoption de l’approche participative se traduit par la promotion de "bois villageois" et de "plantations communautaires". C'est à partir de ces expériences que sera développé le concept de "foresterie villageoise ou rurale". Dans le domaine de l’élevage, on a noté le développement de modèles d’unités pastorales en vue d’une responsabilisation des populations pastorales.

Fig10. : Périmètre d’anacardiers dans un terroir villageois

Photo : Gray Tappan

Au début des années 80, plusieurs projets ont intégré en leur sein un volet consacré au reboisement communautaire. Dans le cadre de la concrétisation de cette option, les actions de lutte contre la désertification font l'objet de protocoles d'accord entre les populations locales et les projets. Ces protocoles indiquent clairement la contribution attendue de chacune des parties et définissent les domaines de compétence et de responsabilité des différents acteurs. Il est à noter que dans la quasi totalité des expériences engagées sur le terrain, les populations ont été sollicitées pour rétrocéder les parcelles de terrain à aménager et fournir la main-d’œuvre requise pour les travaux de plantation et d'entretien des arbres. Ainsi, l’implication des populations revêt-elle un caractère plus contractuel que participatif. Ajoutons que dans ce type de partenariat, les populations ne sont pas perçues comme des acteurs à part entière, mais plutôt comme des "bénéficiaires" de l’intervention des projets forestiers.

L'analyse critique de ces expériences conduit à adopter une nouvelle démarche, celle de l’approche participative qui va se généraliser dans les actions de gestion des ressources naturelles, au début des années 90. Il convient de signaler que cette période est marquée par des mutations importantes au plan socio-politique et économique. Ces mutations sont à l'origine de la reconnaissance du rôle essentiel que les acteurs à la base et les organisations communautaires doivent jouer dans la lutte contre la désertification.

Les réformes institutionnelles et législatives en cours actuellement (nouveau code forestier, Plan d'Action Foncier, Plan National d'Action pour l'Environnement, processus de régionalisation, etc.) tendent à renforcer ces mutations.

2.1.3. Approche décentralisée et participative

Le bilan des expériences capitalisées dans différentes régions du monde a conduit à la formulation de nouveaux concepts et de stratégies opératoires plus pertinentes de lutte contre la désertification. Il faut rappeler que très vite, le dépassement des dispositions du Plan d’Action de Naïrobi est apparu comme une nécessité eu égard à la persistance des problèmes économiques, sociaux et environnementaux, en particulier en Afrique.

Aussi, la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement (CNUED) tenue en 1992, à Rio de Janeiro a-t-elle recommandé l’élaboration d’une convention internationale pour lutter contre la désertification et/ou la sécheresse dans les pays affectés, en particulier en Afrique. L’adoption de cette convention inaugure une nouvelle approche du problème de la désertification, une démarche soucieuse d’approcher au plus près les attentes spécifiques de toutes les catégories d’acteurs, de conjuguer dans une dynamique de synergie active les efforts de tous (collectivités locales, organisations communautaires de base, secteur privé, ONG, Etat, agences de coopération, etc.).

Ainsi que nous l’avons indiqué, le PAN/LCD conçu comme instrument de mise en œuvre de la CCD à l’échelle nationale constitue une composante du Plan National d'Action pour l'Environnement dont l'objectif est d'intégrer la dimension environnementale dans le processus de développement économique et social.

Le PNAE accorde la priorité à la mise en oeuvre des nouvelles approches d'aménagement et de gestion des terroirs qui se fondent sur une responsabilisation des populations dans la planification, la gestion et le suivi des actions. L'élaboration de Plans Régionaux d'Action pour l'Environnement (PRAE) constitue l'illustration de cette démarche, tout comme le processus d'élaboration du PAN/LCD, partie intégrante du PNAE dont il affine les orientations prioritaires en matière de gestion de l'environnement rural.