2.3 Cadre institutionnel
A l'origine, le mandat des différentes structures étatiques ne faisait pas de référence explicite à la lutte contre la désertification. C'est au lendemain des crises de sécheresse de 1972/73 que l'Etat entreprend de réorganiser son dispositif institutionnel pour ladapter à lexigence dune politique de présence réduite, mais plus efficace sur le terrain. Les changements opérés concernent, pour l'essentiel, trois types de structures : i) les départements ministériels et leurs démembrements techniques, ii) les sociétés régionales de développement et les structures de recherche et iii) les projets.
2.3.1. Départements ministériels
Parallèlement à la mise en place de programmes d'urgence destinés à atténuer les effets de la sécheresse, lEtat entreprend de restructurer les départements ministériels chargés de conduire la politique de développement rural. En avril 1974, un Commissariat aux sinistrés de la sécheresse est mis en place. D'abord rattachée au Ministère chargé du développement rural et de l'hydraulique, cette structure deviendra par la suite le Commissariat à la Sécurité Alimentaire.
Larchitecture institutionnelle a connu plusieurs autres modifications qui se sont traduites par la création de nouvelles structures :
Actuellement, au niveau des structures gouvernementales, la Direction des Eaux, Forêts, Chasse et Conservation des Sols (DEFCCS) constitue la principale structure daccueil des projets de gestion des ressources naturelles et de lutte contre la désertification. Son mandat concerne plusieurs domaines : conservation des sols, reboisement, gestion de la faune et de la pêche continentale.
Outre ladministration forestière, il existe dautres structures qui jouent un rôle important dans la planification, la mise en uvre et la coordination des politiques de gestion des ressources naturelles. Au nombre de celles-ci, figurent :
2.3.2.. Sociétés régionales de développement et structures de recherche
Depuis 1964, les Sociétés Régionales de Développement Rural (SRDR) constituent les principales agences d'exécution de la politique agricole de l'Etat. Elles assurent la coordination des interventions au sein de zones agro-écologiques relativement homogènes et semploient à y promouvoir les spéculations agricoles (cultures commerciales et productions céréalières). La stratégie d'intervention des SRDR, sous-tendue par une orientation productiviste, a conduit à une dégradation accélérée des ressources naturelles, notamment dans les régions du bassin arachidier.
Pour enrayer ces processus de dégradation du milieu, les SRDR ont cherché à modifier leurs approches et se sont intéressées à la problématique de la gestion des ressources naturelles. C'est dans ce cadre que la plupart des sociétés de développement ont encouragé la promotion des activités de reboisement et déducation environnementale (par le biais de l'alphabétisation fonctionnelle).
Globalement, les SRDR disposent de compétences appréciables notamment dans les domaines de la planification, du suivi-évaluation, de l'aménagement, de la recherche-développement et de l'animation. Par conséquent, elles sont en mesure de jouer un rôle important auprès des producteurs ruraux en matière de lutte contre la désertification et de préservation de la base des ressources.
Les structures de recherche ont capitalisé beaucoup dacquis en matière de lutte contre la sécheresse et la désertification. Cest ainsi quà lUniversité de Dakar et à lORSTOM des travaux ont porté sur la phytopathologie de certaines cultures annuelles, la recherche dindicateurs pour lévaluation de létat du système à jachère et la dynamique des peuplements naturels pour quelques espèces des zones arides et subhumides. A lISRA, des variétés performantes sont mises au point principalement pour le maïs, le sorgho et larachide. Aussi lISRA a beaucoup contribué à la réintroduction de larbre dans le système dutilisation des terres à travers la promotion des technologies agroforestières. Il en est de même des stratégies de défense et de restauration des sols, de laménagement des formations naturelles et de lamélioration de la jachère. De toute évidence avec loption de renforcer les capacités au niveau des centres régionaux et délaborer des plans stratégiques régionaux participatifs, lISRA saffirme comme un partenaire privilégié dans la mise en uvre des actions de lutte contre la désertification.
2.3.3. Programmes et projets
Fruits de la coopération avec les partenaires au développement, les projets sont des structures dexécution de la politique définie dans un secteur dactivités. Ils contribuent au renforcement des capacités techniques de l'expertise nationale.
2.3.4. Collectivités locales
Avant la réforme de 1976, le terme de "collectivités locales " désignait principalement les communes et communautés rurales régies par la loi 72-25 portant réforme de l'administration territoriale et locale. Cette loi confère au conseil rural, organe de décision de la communauté rurale, des compétences étendues dans plusieurs domaines :
L'entrée en vigueur des nouvelles lois portant code des collectivités locales a permis de créer des conseils régionaux et de les ériger en collectivités décentralisées jouissant de la personnalité juridique et de l'autonomie financière. La nouvelle loi et son décret dapplication ont transféré aux collectivités locales des prérogatives importantes dans neuf domaines dactivités, dont celui de la gestion des ressources naturelles.
2.3.5. Organisations non-gouvernementales
Initialement, les ONG ont mené des actions caritatives, notamment dans le cadre de programmes de secours d'urgence aux populations sinistrées. Par la suite, elles ont initié des projets de développement en les combinant parfois avec des activités de régénération du milieu naturel. Actuellement, certaines ONG se sont spécialisées dans le domaine de la lutte contre la désertification.
Les ONG ont mis en place une structure de concertation au niveau national : le Conseil des ONG d'Appui au Développement. De même, elles ont suscité la création à l'échelle locale et régionale de cadres de concertation sur les questions d'environnement et de développement. Lexpérience acquise sur le terrain a permis aux ONG de renforcer progressivement leurs capacités dans divers domaines (planification et programmation, élaboration et gestion de projets, suivi/évaluation, etc.). Compte tenu de leurs compétences en matière de développement communautaire et danimation de masse, elles pourraient apporter une contribution importante dans la mise en uvre de programmes de sensibilisation, d'information et de formation des acteurs à la base..
2.3.6. Mouvement associatif
Les organisations paysannes constituent lune des composantes les plus dynamiques du mouvement associatif. Les organisations paysannes se sont renforcées et diversifiées au cours de ces dernières années. Elles présentent aujourdhui une image multiforme du point de vue de leurs structures (coopératives, groupements de producteurs, groupements villageois, groupements d'intérêt économique, etc.).
Sous l'impulsion de la Fédération des ONG du Sénégal (FONGS) et du Comité National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR), le mouvement paysan a enclenché un processus de professionnalisation qui se traduit par un renforcement de ses capacités de négociation, de planification, dintermédiation et de coordination. Les organisations paysannes ont engagé plusieurs initiatives intéressantes, notamment dans les domaines de laménagement des bas-fonds, la lutte contre la salinisation des terres et l'ensablement des vallées. De plus, elles disposent dun potentiel humain important quil importe de mettre à contribution pour impulser une dynamique plus vigoureuse de lutte contre la désertification.
Laction menée par les organisations paysannes devrait être complétée par celle dautres acteurs, en particulier les associations de défense de l'environnement et les associations sportives et culturelles (ASC) qui sont de plus en plus nombreuses à exécuter des programmes de reboisement. Il faut ajouter à cela la contribution des organisations féminines qui sont particulièrement dynamiques dans le secteur de lenvironnement et de la gestion des ressources naturelles.
2.3.7. Structures sous-régionales
La prise de conscience du fait que la désertification et la sécheresse affectent lensemble de lespace sahélien a favorisé le développement de la coopération sous-régionale en matière de gestion des ressources naturelles. Cest dans ce cadre quil convient de situer la création du Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel Cette structure regroupe neuf Etats (Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad).
Chacun de ces Etats a mis en place un comité national du CILSS (CONACILSS) qui est chargé de gérer linterface entre le niveau national et sous-régional. Le mandat de ce comité concerne non pas, lexécution de projets opérationnels, mais plutôt la coordination des programmes mis en uvre avec le concours du CILSS.