2.1 Causes de la désertification

2.1.1 Aspects physiques

La dimension physique de la désertification met en jeu plusieurs facteurs, dont les plus importants concernent :

. Baisse de la pluviométrie

A l'instar des autres pays sahéliens, le Sénégal a connu une forte baisse de la pluviométrie qui s'est traduite par une translation des isohyètes vers le Sud. Le volume des précipitations a globalement diminué et la répartition des pluies dans l'espace a connu une forte irrégularité. Les causes de cette péjoration climatique sont liées aux changements globaux survenus dans le climat de la Terre, du fait de l'effet de serre.

Cette évolution négative s'est manifestée par des cycles de sécheresse qui ont engendré de graves crises à partir du début des années 70. Entre 1980 et la première moitié des années 90, l'isohyète 400 mm a fortement régressé vers le Sud, tandis que la frange septentrionale a été de plus en plus marquée par l'installation de conditions arides (moins de 200 mm de pluies).

Les régions les plus durement affectées sont celles de la vallée du fleuve Sénégal et du Ferlo où la productivité générale des écosystèmes a été sérieusement affectée. Dans les autres zones éco-géographiques, notamment celles qui occupent une position plus méridionale, la baisse de la pluviométrie a des conséquences importantes sur les paysages (réduction des ligneux, apparition d'espèces herbacées annuelles plus fréquentes vers le Nord, etc.) et entraîne une baisse de la production agricole.

Le milieu naturel semble toutefois faire preuve d'une grande capacité de résistance aux chocs climatiques induits par les sécheresses répétées. Les travaux du Centre de Suivi Ecologique (CSE) indiquent en effet, qu'au cours de la décennie écoulée, les écosystèmes du Ferlo ont révélé une forte résilience.

 

. Reprise de l'activité éolienne

La prédominance de la circulation de l'alizé continental autour de la dépression du Sahara a favorisé le renforcement de conditions climatiques de type saharien. C'est ainsi qu'au cours des quinze dernières années, une forte reprise éolienne a été notée. L'alizé continental ou harmattan, vent sec provenant du désert, a connu un regain d'activité qui a entraîné la remobilisation des dunes et le transport de poussière en suspension.

Au niveau de la vallée du fleuve Sénégal, à la sédimentation des argiles consécutive à la crue du fleuve s'est substitué un dépôt de sables. Autrement dit, la crue a été remplacée par la poussière. Ainsi, assiste-t-on à la mort sur pied des peuplements d'Acacia nilotica, suite au colmatage des dépressions par les sables.

Dans les Niayes, la mobilisation des dunes littorales a produit un ensablement des cuvettes interdunaires humidifiées par la nappe phréatique. Le maraîchage caractéristique de la zone a été fortement affecté, en dépit de la présence d'un rideau d'arbres vieillissants, constitué essentiellement de filaos.

. Erosion hydrique

Un décapage prononcé des sols entraîné par de fortes précipitations est observé au Sénégal oriental, dans le Sud du Bassin arachidier et en Casamance. Sous l'effet des gouttes de pluies et des eaux de ruissellement, l'horizon superficiel des sols disparaît, tandis que se forment des rigoles qui s'élargissent et donnent naissance à des "bad lands" impropres à l'agriculture.

Fig.5 : Effet de l’érosion hydrique sur les sols (les " mauvaises terres " du ferlo sud)

Photo : Gray Tappan

2.1.2 Aspects humains

. Croissance démographique

En 1960, le pays comptait à peine 3 millions d'habitants. La population est passée à 5 millions en 1976 et avoisine actuellement 9 millions d'habitants, avec un taux d'accroissement moyen proche de 3 % par an. Ce triplement de la population en vingt cinq années a entraîné entre autres une extension des terres de culture.

Il est à noter que le Sénégal n'échappe pas au phénomène de macrocéphalie caractéristique de l'urbanisation de l'Afrique fortement influencée par un exode rural massif en direction principalement de la capitale. Dakar connaît un taux de croissance moyen de l'ordre de 3,9 % par an et abrite 21,6 % de la population totale. Cette ville se développe sur fond d'urbanisation rapide et spontanée avec hypertrophie de sa périphérie par des bidonvilles. Pareil phénomène tend à amplifier les besoins en énergie domestique (bois de chauffe et charbon de bois).

Fig.6 : Evolution de la population du Sénégal de 1900 à 1995

L’urbanisation rapide s’accompagne également d’une augmentation de la pression exercée sur les ressources en eau. On constate que dans les régions de Dakar et Thiès, les ressources en eau souterraine connaissent des ponctions qui atteignent, en maints endroits, des seuils critiques.

En milieu rural, l’accroissement des effectifs animaux engendre des phénomènes de surcharge des parcours qui demeurent limités et faiblement productifs en période de sécheresse.

. Mauvaise gestion des ressources naturelles

A côté de la croissance démographique qui a provoqué des déséquilibres au niveau des capacités de charges, les mauvaises pratiques agricoles, le surpâturage, l’exploitation forestière, les feux de brousse et les défrichements massifs et non contrôlés des forêts ont accentué le phénomène de désertification.