3.1. Evaluation du dispositif politique, législatif et institutionnel
3.1.1. Les politiques et les législations
Les politiques et les stratégies définies par le Sénégal en matière de gestion des ressources naturelles et de lenvironnement en général et de lutte contre la désertification en particulier nont pas toujours atteint les résultats escomptés. Une des raisons de ces résultats mitigés réside dans le fait quelles nont pas toujours été élaborées avec la participation des principaux bénéficiaires qui ne se sentaient pas toujours concernés par leur mise en uvre.
Cest la raison pour laquelle elles sont de plus en plus articulées autour de la responsabilisation des populations et leur participation effective à toutes les actions. Elles épousent ainsi les recommandations de la CCD.
Le système juridique mis en place par lEtat du Sénégal traduit certes la volonté des autorités de favoriser une gestion intégrée des ressources naturelles et de promouvoir une approche participative et décentralisée de lutte contre la désertification. Il existe cependant une multitude de législations sectorielles, quelquefois contradictoires, rendant ainsi difficile leur application effective. En outre, les textes de loi, élaborés en français, nont souvent pas fait lobjet dune vulgarisation suffisante dans les langues nationales, malgré les essais conduits par des structures de développement telles que les ONG. Par conséquent les personnes sensées les appliquer, comme les responsables des communautés rurales, nen connaissent pas toujours les dispositions.
Par ailleurs, en analysant la réglementation de lexploitation et de la gestion des ressources naturelles, on se rend compte que le Sénégal a peu fait usage des instruments économiques (fiscalité, subvention, mécanismes dinternalisation). Ces instruments semblent appropriés pour la mise en place des fonds nationaux de lutte contre la désertification (FNLD) que recommande la CCD.
3.1.2. Le cadre institutionnel et les capacités techniques
De manière globale, le Sénégal a mis en place un cadre institutionnel propice à lémergence de structures adéquates et de capacités techniques importantes, capables de permettre la mise en oeuvre de la Convention de lutte contre la désertification.
Néanmoins, le cloisonnement institutionnel du fait des politiques sectorielles constitue toujours une entrave pour lintégration des stratégies. Lexistence des divers ministères intervenant dans le domaine du développement rural en est lillustration. La coordination et le suivi des actions de ces différents ministères en matière de lutte contre la désertification ne sont pas toujours aisés.
Par ailleurs, les différents services et directions techniques de ces ministères entretiennent parfois des rapports concurrentiels et conflictuels défavorables à la conduite des actions de conservation de la nature et de lutte contre la désertification.
Dans ces conditions, il nest pas étonnant de constater que les mutations institutionnelles opérées jusquà récemment, aient été marquées par des incertitudes concernant la place que doivent occuper les services de gestion de lenvironnement dans lorganisation administrative générale. Ces incertitudes sont en partie liées à la compréhension et à la connotation que la notion même denvironnement a revêtu au cours des années.
Sur un autre plan, la politique densemble de gestion des ressources naturelles et de lutte contre la désertification menée par les différents ministères est trop dépendante des financements extérieurs. Aussi, les SRDR et les structures de recherche, qui ont certes de grandes capacités techniques, connaissent parfois des difficultés dans lexécution de leurs programmes lorsque les financements sont suspendus ou tardent à être mis en place. Ces structures méritent dêtre renforcées dans le secteur des études dimpact environnemental, composante clé dune bonne politique de lutte contre la désertification.
Sagissant des ONG, elles ont certes développé beaucoup de capacités dans le domaine du développement communautaire, mais la coordination et la concertation entre elles reste insuffisante. Aussi, nestil pas rare de rencontrer sur le terrain des activités redondantes et des cas de concurrence. De même, les ONG mettant trop souvent les actions de terrain en avant, ravalant au second rang les implications de ces actions et des approches qui les sous-tendent. Lexistence du CONGAD constitue une avancée significative dans lélaboration du schéma de représentation des organisations non gouvernementales auxquelles la Convention accorde une grande importance (notamment au sein des structures nationales de coordination et de concertation ) .
Pour ce qui est des collectivités locales et des organisations paysannes, les communautés rurales ont besoin dêtre appuyées dans plusieurs domaines. Le maintien des CERP, comme structures dappui ne constitue pas une mauvaise option dans le cadre de la régionalisation. Cependant, les CERP ont besoin dêtre réorganisés et dotés de capacités techniques et moyens logistiques suffisants.
Quant aux organisations paysannes et groupements villageois, ils ont certes obtenu des acquis dans le domaine de la lutte contre la dégradation de lenvironnement, mais recèlent des insuffisances dans le domaine de la gestion technique, financière et administrative des micro-entreprises quelles mettent en place.
Concernant les femmes et les jeunes, il y a une insuffisance dinformations et de données exhaustives sur le rôle et la place quils ont joués et quils jouent dans la lutte contre la désertification.
Enfin, pour pouvoir servir durablement la lutte contre la désertification, ces expériences développées par les villages, les OP, les ONG, les femmes et les jeunes méritent dêtre capitalisées, cest-à-dire évaluées de manière critique et valorisées de manière conséquente, afin den faire profiter tous les acteurs.
3.1.3. Le partenariat
Lintérêt accordé au partenariat tient à deux raisons essentielles :
Jusquen 1984, date de la définition de la Nouvelle Politique Agricole, les populations rurales et leurs collectivités étaient souvent considérées comme des groupes-cibles sur lesquels il faut agir et non comme des partenaires à part entière. Les activités à mener étaient pré-définies par lEtat, sans tenir compte des préoccupations des populations qui étaient surtout sollicitées comme main-duvre. Lencadrement et lappui quelles recevaient des structures techniques, notamment du service des eaux et forêts est à situer dans ce cadre. Le résultat est un manque dappropriation par la base des actions entreprises souvent illustré par labsence de suivi et de reproduction des actions initiées après le retrait des projets.
Le problème qui se posait était labsence dune vision partagée, entre les autorités publiques et les acteurs du monde rural (populations rurales, ONG ), des causes et des solutions à apporter à la désertification ainsi que du rôle et des responsabilités que chacune des parties doit jouer dans le cadre de la lutte contre la dégradation des ressources naturelles. En effet, pendant très longtemps, les populations rurales ont considéré leffort de lutte comme étant principalement de la responsabilité de lEtat. Aussi, les actions de reboisement par exemple étaient-elles perçues comme des opportunités pour avoir des vivres en vue de sécuriser lalimentation de la famille.
3.1.4. Les financements et leurs impacts
Hormis le reboisement et laménagement des forêts naturelles, les actions de lutte contre la désertification ont été menées jusquici dans le cadre des programmes et actions de développement. Aussi lévaluation de lefficacité des investissements relatifs à la lutte contre la désertification est-il inséparable de celui des investissements globaux consentis au niveau des secteurs dactivités concernés (agriculture, élevage, hydraulique etc.). Cependant, en labsence le plus souvent dune comptabilité analytique, il est difficile de connaître la part réelle du montant total des investissements ayant eu une incidence positive sur les actions de lutte contre la désertification.
De manière globale, on estime que la part allouée au secteur primaire (qui englobe lagriculture, lélevage, lhydraulique rurale, la foresterie et la pêche) est actuellement en baisse. Cependant, même en baisse, cet investissement dépasse la contribution de ce secteur au PIB. Par exemple entre 1987 et 1995, il a été alloué à ce secteur 37,3% du montant total de linvestissement public, soit 365,9 milliards de francs CFA, alors que sa contribution au PIB était seulement de 21,1%. On peut interpréter la mauvaise performance de ce secteur comme étant sans doute liée à des problèmes majeurs de désertification tels que la dégradation des terres, des forêts et des pâturages. Les mauvaises pratiques au niveau de la pêche (pression forte sur la faune maritime, vieillissement des infrastructures etc.) nont pas permis une valorisation conséquente des ressources de ce secteur.