1.1 Ressources en eau

1.1.1 Eaux de surface

Le réseau hydrographique du Sénégal résulte d’une part, de la configuration géologique et géomorphologique du pays et, d’autre part du régime et de la répartition de la pluviométrie dans la sous-région. Pour l’essentiel, ce réseau est tributaire des bassins des fleuves Sénégal et Gambie dont les eaux proviennent du massif du Fouta Djallon situé en République de Guinée. A côté de ces deux grands fleuves, il existe quelques petits cours d’eau comme la Casamance, la Kayanga, l’Anambé, le Sine, le Saloum et des bassins côtiers dont les écoulements sont intermittents. Un certain nombre de lacs et de mares complètent ce réseau hydrographique (lac de Guiers, bolongs des zones estuaires et mares de la région des Niayes). Par ailleurs, le pays comporte des zones humides qui sont, le plus souvent, associées au réseau hydrographique fonctionnel ou dégradé.

Fleuve Sénégal

Le fleuve Sénégal est long de 1.770 km et son bassin versant s’étend sur 337 000 km2 dont 60 000 dans le territoire national. Le débit inter-annuel actuel de ce fleuve est de l’ordre de 410 m3/s par an en moyenne. Son écoulement est caractérisé par une forte irrégularité liée aux conditions climatiques particulièrement sévères qui affectent la vallée du fleuve Sénégal depuis plus de deux décennies. Le niveau des écoulements moyens annuels a connu une baisse très sensible au cours de ces dernières années (58 %). De 24 milliards de m3 entre 1900 et 1968, les volumes d’eau écoulés sont passés à 14 milliards m3 /an entre 1968 et 1987.

Face à une telle situation, les gouvernements de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal ont créé l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS). Les objectifs majeurs de cette organisation régionale concernent l’amélioration des revenus et de la croissance économique dans les pays membres, ainsi que l’atténuation des impacts qui pourraient être provoqués par des changements brutaux du niveau de vie des populations résultant d’une crise des systèmes de production traditionnels (agriculture, pêche, élevage). C’est dans cette perspective que des ouvrages ont été édifiés sur le fleuve Sénégal (barrage anti-sel de Diama en 1986 et barrage hydro-électrique de Manantali en 1988, sur le Bafing qui contrôle 60% de volume d’eau à Bakel).

Fleuve Gambie

Le fleuve Gambie est long de 1.150 km dont 477 km se trouvent en territoire sénégalais. Son débit moyen annuel à Gouloumbou est de 135 m3/s (1970-1995) et de 70 m3 /s à Kédougou. Son bassin versant couvre une superficie de 77.100 km2. Les épisodes de sécheresse ont provoqué une réduction considérable du volume annuel d’eau : 8,7 milliards de m3 à Gouloumbou en 1974/1975 contre 2,5 milliards en 1983/1984. En territoire sénégalais, cette baisse des hauteurs d’eau a eu des conséquences durement ressenties, particulièrement au niveau du Parc National du Niokolo-Koba. En effet, la plupart des mares du secteur de Simenti qui servaient de points d’abreuvement pour la faune se sont asséchées, voire comblées et envahies par des espèces végétales de marécage ou de plateaux (Mimosa pigra, Mitragyna inermis et Combretum).

Fleuve Casamance

Le fleuve Casamance est entièrement situé en territoire national. Il prend sa source dans la zone de Vélingara à 50 m d’altitude. La crue s’écoule lentement par suite de la faiblesse de sa pente. Sa vallée inférieure est occupée par les eaux marines. L’écoulement pérenne du fleuve Casamance est estimé à 129 millions m3/an à la station hydrologique de Kolda.

En période de basses eaux, l’eau salée remontait jusqu’à Sédhiou. Par suite des crises climatiques, la marée remonte jusqu’à plus de 200 km de l’embouchure. En période d’étiage, de fortes concentrations de sel ont été mesurées par endroits (158g/l à Djibidjone). Cette situation a engendré la perte de terres de culture et affecté sérieusement la production agricole.

Il est à noter également le problème de l’acidification des vallées secondaires due à la disparition de la mangrove.

Kayanga

La Kayanga est une rivière qui prend sa source dans le massif du Fouta Djallon (Guinée) à 60 m d’altitude. Après un parcours de 150 km, elle pénètre au Sénégal, descend vers le Sud-Ouest et rejoint la Guinée-Bissau où elle prend le nom de Rio Geba. Au Sénégal, la Kayanga est rejointe par l’Anambé au Sud de Vélingara.

Anambé

L’Anambé est un affluent de la Kayanga. Son bassin versant a une superficie de 1.100 Km². Le fond des vallées est constitué de sols hydromorphes inondés pendant trois à quatre mois. Ce cours d’eau draine une cuvette qui constitue aujourd’hui la retenue du barrage réalisé à un kilomètre de la confluence. La réserve de cet ouvrage, dont le volume est estimé à 50 millions de m3, collecte les eaux d’un bassin versant situé à cheval entre les départements de Kolda et Vélingara. Actuellement, 1.200 ha sont irrigués et exploités sur 5.200 ha prévus.

Sine et Saloum

Ces cours d’eau qui connaissaient auparavant une activité hydrologique relativement importante, voient leur partie aval occupée par les eaux de mer pendant toute l’année.

Lac de Guiers

Le volume du lac de Guiers est estimé à 601 millions de m3, lorsque le plan d’eau atteint la digue à 1,80 IGN. Il est alimenté par le fleuve Sénégal à partir du canal de la Taouey. Ce lac constitue un écosystème particulièrement vital pour toute la partie Nord-Ouest du pays, mais aussi une réserve d’eau douce permanente très importante.

La mise en eau du barrage de Diama a permis de porter son volume moyen à 680 millions de m3. Ces nouvelles conditions empêchent l’exondation annuelle d’une importante frange de rivage et favorisent, dans le même temps, l’adoucissement progressif des eaux. La minéralisation globale du lac a diminué de près de 50 % dans la région méridionale. Simultanément, les variations annuelles de la salinité autrefois importantes, surtout durant les périodes sèches (1970 - 1980) ont nettement régressé. Parallèlement, la végétation aquatique subit des modifications qui se traduisent principalement par un développement de Pistia stratiotes (salade d’eau douce) et une prolifération de Typhas sur l’étendue du lac.

Zones humides

Les zones humides sont généralement définies comme étant des milieux naturellement ou artificiellement submergés ou engorgés de manière temporaire ou permanente par des eaux douces, saumâtres ou salées, stagnantes ou courantes. Ainsi, on distingue deux types de zones humides : les zones humides continentales et les zones humides littorales.

Pour l’essentiel, les zones humides continentales comprennent :

Il faut ajouter à cette liste non exhaustive, la zone des Niayes qui est ambivalente dans la mesure où elle appartient à la fois au domaine côtier et continental.

Traditionnellement, les zones humides continentales constituent des espaces privilégiés de production, au sein desquels les populations locales appliquent des modes d’exploitation adaptés à la fois au caractère compartimenté du modèle et aux aléas du fonctionnement hydrologique. La précarité des équilibres écologiques dans ces zones humides continentales est très préoccupante dans le contexte actuel de crise climatique.

Les principales zones humides du littoral sénégalais sont :

Ces zones humides littorales constituent l’habitat d’importantes populations de faune et de flore sauvages. Leurs richesses en ressources naturelles et surtout leur diversité biologique (bois, combustibles ligneux, fruits de mer) sont à la base des intenses activités que les populations locales y exercent quotidiennement.

La zone des Niayes constitue un écosystème particulier qui se compose de cuvettes interdunaires situées sur une nappe affleurante ou subafleurante tout le long de la côte Nord de Dakar à Saint-Louis. Elles sont situées au contact des systèmes dunaires littoraux et de l’erg ogolien, ce qui explique leur double appartenance aux écosystèmes côtiers et continentaux.

Cette zone, très fragile, est actuellement affectée par des contraintes liées à l’assèchement climatique, à la pression anthropique et au déplacement frontal des systèmes dunaires littoraux vers l’intérieur. Cela engendre de multiples conséquences :

En résumé, les tendances d’évolution des ressources hydriques révèlent une aggravation des problèmes de disponibilité de la ressource aussi bien en quantité qu’en qualité. De plus, la grande variabilité spatiale et temporelle de ces ressources en eau devient très contraignante pour leur exploitation.

 

1.1.2 Eaux souterraines

Les principales nappes aquifères appartiennent à des couches de terrains qui se sont formées à des périodes géologiques différentes, depuis les dépôts récents du quaternaire, jusqu’aux terrains les plus anciens du birrimien au Sénégal oriental.

Nappes du quaternaire

Elles sont contenues dans des sables plus ou moins argileux qui s’étendent depuis le fleuve Sénégal jusqu’en Casamance. Ces nappes comprennent quatre aquifères différents:

Nappe des alluvions du fleuve Sénégal

L’aquifère de cette nappe va de Bakel à Podor, le long du fleuve Sénégal. Il devient salé plus à l’Ouest à cause de la remontée des eaux marines. Son potentiel est estimé à 140 000 m3/j ;

Nappe des sables du littoral Nord

Ce système aquifère se prolonge à l’Est dans les calcaires lutétiens et dans les sables argileux du Continental Terminal. La nappe s’écoule à partir d’une ligne de partage des eaux vers l’océan atlantique à l’Ouest et vers les calcaires lutétiens à l’Est. Sa profondeur varie de 3 à 10 m dans les Niayes et de 15 à 30 m dans les zones élevées. Son potentiel est estimé à 115 000 m3/j 

Nappe infrabasaltique

L’aquifère de la nappe des sables infrabasaltiques s’étend sur environ 50 km². Il est constitué par des sables marins d’âge quaternaire recouverts par une coulée volcanique de type basaltique et surmontés souvent par des sables et alluvions qui peuvent être localement aquifères. Il est situé à la tête de la presqu’île du Cap-Vert. L’épaisseur moyen de l’aquifère est de 50 m. Il est alimenté par les eaux de pluie qui s’infiltrent directement. Son potentiel est estimé à 18 000 m3/j 

Lentilles d’eau douce du Saloum et de la Casamance

Ces lentilles sont des nappes d’eau douce circonscrites, surmontant de l’eau salée. Leur faible épaisseur et surtout les déficits pluviométriques les rendent généralement très fragiles.

Aquifères du Tertiaire

Ces aquifères sont composés des sables oligomiocènes de la Casamance, des calcaires lutétiens de Bambey-Louga et ceux du Paléocène entre Sébikotane et Cayar d’une part, puis entre Pout, Thiès, Bambey, Fatick, Joal et l’Océan Atlantique d’autre part.

Nappes du Continental Terminal

Le Continental Terminal est constitué de formations sablo-argileuses de la fin de l’ère tertiaire et du début du quaternaire. C’est un aquifère qui couvre presque tout le pays. Mais, les plus grandes réserves sont situées essentiellement dans deux secteurs : zones de Tambacounda, du Ferlo et du Sine Saloum d’une part et, d’autre part région Sud du pays. Son potentiel est estimé à 450 000 m3/j 

Nappe du Maestrichtien

Cette nappe se trouve dans les sables et grès du Maestrichtien (fin de l’ère secondaire). Les forages qui le captent se situent à des profondeurs de 100 à 350 m, pouvant atteindre 500 m dans la région de Ziguinchor. L’alimentation de cette nappe s’effectue en partie par les crues du fleuve Sénégal et elle est en partie fossile. Son potentiel est estimé à 500 000 m3/j.

On retiendra en conclusion, que la péjoration des conditions climatiques et les épisodes répétés de sécheresse ont engendré de multiples conséquences :