2.2 Principales manifestations de la désertification
Le processus de détérioration de lenvironnement engendre de multiples conséquences qui affectent non seulement le milieu naturel, mais aussi les sociétés locales.
2.2.1 Aspects climatiques
Le Sénégal ne connaît qu'une seule saison pluvieuse qui excède rarement quatre mois. Dans de telles conditions, la péjoration des conditions climatiques engendre des conséquences néfastes sur les cultures, la végétation et par voie de conséquence le cheptel.
Cette dépendance par rapport à la pluviométrie explique lampleur des désastres qui sont survenus lors des épisodes de sécheresses répétées. Tel a été le cas entre 1970 et 1990, période au cours de laquelle le pays a connu l'une des sécheresses les plus sévères de son histoire. En quelques années, des milliers d'hectares de peuplements ligneux ont séché sur pied constituant ainsi de véritables cimetières de bois dans la vallée du fleuve Sénégal ainsi que dans la zone de Linguère. Dans le même temps, lon a enregistré la disparition quasi totale de certaines formations relictuelles comme celles des palmiers à huile de la zone des Niayes.
Autre conséquence importante des sécheresses : la remontée de la langue salée dans les estuaires ; ce qui engendre une régression des formations ripicoles sensibles au sel. Il convient de mentionner également lassèchement généralisé des plans d'eau intérieurs, singulièrement le long de la grande côte. Il en est de même des marigots qui constituent le réseau des vallées fossiles. Le fleuve Sénégal s'est considérablement envasé, tout comme la Casamance. Sur l'ensemble du pays, l'aridité s'est renforcée et les isohyètes ont basculé vers le Sud avec des baisses dépassant largement dans certains cas 100 mm.
A ces conséquences, sajoute le rétrécissement de l'aire d'extension de nombreuses espèces arborées dont la régénération naturelle est devenue très difficile voire impossible (Cordyla pinnata, Celtis integrifolia, Khaya senegalensis, Bombax costatum, Anogeissus leiocarpus, Prosopis africana, etc.). Par ailleurs, on constate un processus dextension en direction du Sud, de "l'habitat" de plantes et d'herbes des zones plus sèches (Acacia et Combretum divers, Guiera senegalensis, Capparis decidua, Pterocarpus lucens , Zornia glochidiata, etc.).
Globalement, l'habitat de la faune et son aire de déploiement ont subi une diminution permanente. Dans la zone située au Nord-Ouest du pays, le phacochère a abandonné ses migrations de grande amplitude vers le Nord-Est. Dans le même temps, le poisson et le crocodile ont disparu totalement ou se sont raréfiés considérablement.
En somme, la biodiversité sur le plan de la flore comme celui de la faune a connu un appauvrissement manifeste comme le confirme monographie nationale pour la conservation de la diversité biologique réalisée en 1997. Cette situation met en péril la pratique de la pharmacopée traditionnelle dans plusieurs régions.
2.2.2 Aspects anthropiques
Annuellement, les formations ligneuses régressent d'environ 80.000 ha principalement pour les besoins de l'agriculture.
Apparemment, cette situation est en contradiction avec l'exode massif de la campagne vers la ville, qui devrait se traduire par une pression plus faible sur les terres de culture. Elle trouve son explication dans l'extension continue des défrichements en direction de l'Est et du Sud-Est, suite à lappauvrissement des sols de la partie Ouest. Ces défrichements contribuent directement à la destruction des milieux boisés, notamment les forêts classées qui ne sont pas épargnées par ce mouvement.
Première source d'énergie, le bois et le charbon de bois sont massivement extraits des forêts du domaine classé comme du domaine protégé. Aux conséquences induites par cette exploitation s'ajoutent les prélèvements de fourrage aérien et les effets dévastateurs des feux de brousse. Ainsi, les pertes annuelles sont estimées à 100.000 ha de forêts soudano-guinéennes et à 250.000 ha de forêts soudano-sahéliennes.
De plus, les défrichements pour les besoins agricoles et la carbonisation se faisant, en général, sans une prise en compte de la vocation des sols, la dégradation des peuplements devient quasiment irréversible même après l'arrêt des cultures ou l'abandon des parcelles d'exploitation forestière.
2.2.3 Autres aspects biotiques
L'émondage répété des ligneux pour l'alimentation du bétail confine à la mutilation notamment en période de soudure, lorsque les arbres et arbustes sont en pleine floraison ou fructification (Cordyla pinnata, Adansonia digitata, Celtis integrifolia, etc.). Il s'y ajoute que le broutage des semis et des rejets, empêche la régénération, tandis que le piétinement aboutit au compactage du sol, ce qui explique la raréfaction de la végétation autour des forages de la zone sylvo-pastorale.
2.2.4 Aspects édaphiques
Comme nous lavons déjà indiqué, les sols sont en règle générale, de qualité médiocre pour l'agriculture, la foresterie et même pour l'élevage puisque les formations herbacées qui se rencontrent dans les régions du Centre-Est, de l'Est et du Sud-Est ne fournissent que du fourrage de dernier choix.
L'état actuel d'occupation des terres en considération de la situation et des perspectives démographiques, révèle que les possibilités d'extension significative de terres cultivables ne sont présentes que dans quatre régions : Tambacounda, Casamance, Saint-Louis et Louga.
La pression sur les terres et les pratiques culturales préjudiciables à leur conservation (abandon de la jachère par manque d'espace) compromettent la reconstitution de la fertilité des sols dans la majeure partie des régions. En effet, les actions anthropiques ont considérablement contribué à fragiliser les sols et à les appauvrir par suite de lutilisation de techniques non appropriées (recours à la mécanisation sur des sols squelettiques), ainsi que par des choix culturaux contre-indiqués (monoculture arachidière).
Fig.7 : Evolution de la condition des forêts du Sénégal de 1965 à 1994
Il faut noter que dans le contexte de crise des systèmes de production agricole, l'exploitation forestière pour le bois et le charbon constitue un moyen de survie pour les populations rurales. Cette exploitation n'épargne aucun espace boisé (bas-fonds des Niayes, bordure des routes, galerie forestière, pourtours des mares, etc.). Elle a entraîné la dénudation de ces espaces et favorisé :
Ailleurs, sur les plateaux de Thiès et de Diass ainsi que dans les zones limitrophes, c'est la conjonction de l'exploitation agricole et des défrichements abusifs qui conduit à une érosion hydrique intense comme celle qui détruit actuellement les sols dans les terroirs de Diobass, de Fandène et de Lambaye.
Dans les départements de Centre-Est et du Sud-Est (Kaffrine, Tambacounda, Kédougou, Bakel et Matam), on assiste à de violents débordements périodiques des marigots. Les routes et pistes sont alors souvent coupées, des ouvrages d'art emportés par les flots ou fortement endommagés.