• 1.1.6 Chasse et gestion de la faune
  • La détérioration des habitats de la faune apparaît comme l'une des principales manifestations de la dégradation des écosystèmes. En effet, le pays est actuellement confronté à une réduction drastique des aires de peuplement. Dans le même temps, on constate que la dynamique de reconstitution des populations animales est profondément perturbée.

    La politique en matière de gestion de la faune vise la satisfaction des besoins des populations dans le cadre d'une exploitation qui ne compromet pas la dynamique et la durabilité des aires peuplées.

  • . Etat des lieux
  • Sur le plan institutionnel, c'est le Ministère de l'Environnement et de la Protection de la Nature qui est chargé d'impulser et de coordonner la politique de conservation de la nature et de gestion des ressources fauniques à travers trois Directions nationales :

  • - la Direction des Eaux, Forêts, Chasse et de la Conservation des Sols est chargée de la gestion de la faune et du développement du tourisme cynégétique en dehors des parcs nationaux ;

    - la Direction des Parcs Nationaux est chargée de la sauvegarde des échantillons représentatifs des écosystèmes naturels du pays, d'assurer la protection de la faune et le développement du tourisme de vision dans les aires protégées ;

    - la Direction de l'Environnement est chargée essentiellement de lutter contre toutes les formes de pollutions et de nuisances pouvant porter préjudice à la qualité de l'environnement.

  • Sur le plan juridique, la gestion de la faune et de son habitat est régie par le code de la chasse et de la protection de la faune. Ce texte d'ordre législatif et réglementaire, est renforcé à l'occasion, par des arrêtés organisant la saison de chasse. En outre, il faut noter que le code forestier complète harmonieusement le code de la chasse, particulièrement en ce qui concerne la protection et l'aménagement de l'habitat de la faune.

    Il convient de rappeler que le Sénégal a adhéré à plusieurs conventions internationales parmi lesquelles :

  • - la Convention africaine pour la conservation de la nature et des ressources naturelles adoptée à Alger en 1968, ratifiée en 1972 ;

    - la Convention relative aux zones humides d'importance internationale, particulièrement comme habitat des oiseaux d’eau (RAMSAR, 1971), ratifiée en 1977 ;

    - la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, dite Convention de l'UNESCO de 1972, ratifiée en 1975 ;

    - la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction (CITES), dite Convention de Washington de 1973, ratifiée en 1977 ;

    - la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, dite Convention de Bonn de 1979, ratifiée en 1983;

    - la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, dite Convention de Berne de 1979, ratifiée en 1987.

  • Il faut noter, par ailleurs, que la Direction des Eaux et Forêts entretient des relations de travail avec des institutions internationales telles que l’Union Mondiale pour la Nature (UICN) et le Conseil International de la Chasse (CIC).

    En l’absence d’inventaires et d’études exhaustives, l’état de la faune (et de son habitat) n’est cerné qu’à travers les observations de terrain des agents forestiers, chasseurs, guides et lieutenants de chasse, ou des renseignements obtenus auprès des populations.

    La faune au Sénégal est riche et très variée avec environ cent soixante neuf (169) espèces de mammifères et six cent vingt cinq (625) espèces d’oiseaux, mais elle est inégalement répartie sur l’étendue du territoire national.

    En découpant le pays en deux zones par une ligne qui joint Joal, Kaolack, Tambacounda et Kidira, la partie sud, en raison d’un habitat mieux structuré, s’avère plus dynamique. La dégradation des habitats au Nord, consécutive à la sécheresse et aux activités anthropiques négatives, explique le repli de la faune vers le Sud.

    Ainsi, les grands mammifères ne se rencontrent presque plus que dans les parcs nationaux et les forêts classées de la zone sud, alors que la vallée du fleuve et le Ferlo Nord demeurent les lieux de rassemblement de l’avifaune migratrice.

    Parmi les atouts de la gestion de la faune, il faut citer l’existence de structures opérationnelles. Il s’agit principalement du Conseil Supérieur de la Chasse et de la Protection de la Faune, organe consultatif, placé sous la présidence du MEPN. Ce conseil émet des avis sur toutes les mesures ou questions relatives à la chasse et notamment :

  • - l’élaboration de l’arrêté portant organisation de la campagne cynégétique par an ;

    - la détermination du plan annuel de tir pour la grande chasse ;

    - la fixation du quota journalier d’espèces autorisées au tir dans le cadre de la petite chasse.

  • Les exploitants cynégétiques, au nombre de trente cinq, sont détenteurs d’une licence renouvelable chaque année et qui donne le droit d’exercer leurs activités dans les zones amodiées. Ils sont liés à l’administration forestière par un cahier des charges qui précise leurs obligations en matière de gestion de la faune et d’aménagement de l’habitat dans les limites des zones placées sous leurs responsabilités ;

    Les lieutenants de chasse sont des auxiliaires du service forestier. Ils apportent leur collaboration, notamment dans le domaine du contrôle de l’activité de chasse. Actuellement au nombre de vingt six, ils sont nommés pour une durée de 2 ans renouvelables ;

    Les associations de chasse contribuent, par l’éducation de leurs membres et du public, au respect des règles de la chasse sportive et participent à la conservation du gibier et à la lutte contre le braconnage.

    Les problèmes rencontrés dans la gestion de la faune et de son habitat peuvent se résumer comme suit :

  • - insuffisance des moyens matériels, humains et financiers (à cause des difficultés budgétaires, les moyens nécessaires à une bonne application de la politique en matière de conservation de la faune sont de plus en plus réduits et leur mobilisation difficile) ;

    - absence d’inventaires et de moyens de connaissance précise du potentiel et de l’habitat de la faune autant que de la dynamique des populations animales ;

    - utilisation concurrentielle de l’espace et marginalisation du domaine de la faune et de son habitat par rapport à des programmes considérés comme prioritaires (barrages, infrastructures, défrichements pour promouvoir le développement de l’agriculture, élevage, industrie, exploitation des mines, etc.) ;

    - effets négatifs des actions anthropiques, en particulier la destruction des habitats de la faune, les feux de brousse, le braconnage, la surexploitation forestière et les pollutions (modification de la chaîne alimentaire par les produits phytosanitaires ) ;

    - absence d’une opinion publique mobilisée en faveur de la protection de la faune et de son habitat ;

    - inexistence d’études d’impact lors de la conception de projets de grande envergure ayant une incidence sur la faune et son habitat ;

    - faible implication des populations et des collectivités locales dans la gestion de la faune;

    - conditions climatiques défavorables ;

    - rareté et assèchement précoce des eaux de surface ;

    - manque d’intérêt des bailleurs de fonds pour le financement de projets en matière de gestion de la faune.

  • . Prise en compte de la dimension environnementale

    Parmi les mesures adoptées dans le domaine de la gestion de la faune en vue de contribuer à la protection de l’environnement, on retiendra :

  • . celles relatives à l’aménagement du territoire et visant à préserver la faune et son milieu;

    . celles relatives à la chasse et visant à éliminer tout acte dommageable pour les ressources fauniques ;

    . celles relatives à la protection de la faune à l’échelle régionale ou mondiale.

  • Concernant le premier point, il faut mentionner la mise en place d’un réseau d’aires protégées et la délimitation de zones où la chasse est temporairement fermée ou autorisée seulement pour certains types de gibier :

  • - zones où la faune et la flore sont totalement protégées (parcs nationaux et réserves intégrales) ;

    - zones où la chasse est interdite et l’habitat partiellement protégé (réserves de faune et forêts classées) ;

    - zones où la chasse est réglementée et l’habitat partiellement protégé (zones d’intérêt cynégétique, zones de chasse amodiées et zones banales).

  • C’est dans ce domaine qu’il faut situer l’amodiation qui permet de concentrer l’activité de la chasse dans des zones bien aménagées à cette fin pour mieux la contrôler.

    S’agissant du deuxième point, il faut citer les mesures adoptées chaque année par l’arrêté organisant la campagne de la chasse et portant entre autres sur :

  • - la limitation des espèces dont la chasse est autorisée (vingt trois espèces de mammifères sur cent soixante neuf et quarante cinq espèces d’oiseaux sur six cent vingt cinq) ;

    - la limitation du nombre de jours de chasse (en période d’ouverture de la chasse, toute la semaine pour les touristes et trois jours pour les résidents, c’est-à-dire du vendredi au dimanche inclus, plus les jours fériés) ;

    - la limitation des latitudes d’abattage par catégorie de permis et espèces de gibier;

    - l’adoption d’un plan de tir annuel concernant la grande chasse qui se pratique exclusivement au niveau de la Falémé ;

    - l’adoption de quotas d’exportation en matière de commerce des oiseaux.

  • C’est également sous ce chapitre qu’il faut évoquer toutes les dispositions du code de la chasse (loi N° 86-04 du 24 janvier 1986) qui participent de la protection de l’environnement : interdiction de chasser avec des armes de guerre, le feu, les filets, les pièges, les explosifs, les drogues et les engins éclairants.

    Pour ce qui concerne la troisième série de mesures, nous avons déjà mentionné les conventions internationales portant sur la faune que le Sénégal a ratifiées.

    En résumé, l’environnement spatial est une dimension visible en matière de gestion de la faune dans la mesure où la faune est toujours associée à son habitat dans une perspective d’aménagement. En revanche, l’environnement qualitatif est plus discret. Et c’est là, l’enjeu de tout programme d’aménagement portant sur la faune. Il s’agit de tenir compte de la qualité physico-chimique des eaux, des sols et de l’air, des bruits, de l’insolation, etc.

    . Initiatives engagées au cours de la période récente

    En juin 1993, le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature a organisé une table - ronde consacrée à la présentation du "Livre blanc" sur le parc national du Niokolo Koba. Cette rencontre a permis de définir trois axes d’orientation stratégique pour la gestion du parc :

  • i) la promotion d’activités économiques génératrices de revenus pour les populations riveraines ;

    ii) la réhabilitation des infrastructures en vue d’accroître l’efficacité des actions de lutte contre le braconnage ;

    iii) le développement de l’éco-tourisme et l’affectation d’une partie des recettes à l’entretien du parc.

  • Au niveau de l’ensemble des aires protégées, la stratégie de gestion se fonde désormais sur l’implication des populations et le développement du partenariat dans le cadre de la mise en œuvre de plans de gestion intégrée. Plusieurs exemples peuvent être cités : parc national du Djoudj, projet Niokolo/Badiar, projet de réhabilitation et de valorisation du parc national du Niokolo koba et protection de l’espace naturel "Kër Cupam" de popenguine.

  • . Problèmes à caractère stratégique
  • Parmi les problèmes qui se posent à la gestion de la faune, ceux qu’on peut qualifier de stratégiques sont les suivants :

    . Conditions climatiques défavorables et modification de l’écologie

    Le glissement des isohyètes vers le sud entraîne une modification de la biodiversité végétale; ce qui désaxe les chaînes trophiques. L’intervention de l’homme en quête de produits végétaux et de protéines animales contribue à accélérer la destruction des habitats.

  • . Contamination de la chaîne alimentaire par les produits phytosanitaires
  • La prolifération des produits phytosanitaires et des déchets industriels pose le problème de l’approche sectorielle et rend nécessaire la mise en place d’un cadre global d'intervention.

  • . Appauvrissement et braconnage
  • Qu’elles viennent de loin ou des zones tampon, les populations en butte à la pauvreté trouvent souvent dans le braconnage un moyen naturel de résoudre leurs problèmes de subsistance.

  • . Exploitation forestière et destruction des habitats
  • Les populations urbaines en proie à une pénurie structurelle d’énergie ont appris depuis longtemps à surexploiter les forêts naturelles pour leurs besoins en combustibles. Le front de l’exploitation, parti de Thiès en passant par Kaffrine et Podor, se trouve maintenant à Tambacounda et Kolda. La coupe des arbres pour produire l’énergie ne se soucie guère de la multi-fonctionnalité des forêts.

  • . Expansion des cultures commerciales et destruction des habitats
  • L’expansion de l’arachide et du coton au Sud risque d’entraîner les mêmes effets que dans la région Nord où les aménagements pilotes de production arachidière en maîtrise totale de l’eau dans le Delta du fleuve Sénégal ont provoqué la destruction des habitats. Il s’avère indispensable d’assurer une cohérence entre les déclassements des forêts et la préservation de l’habitat de la faune.

    . Eléments de stratégie et programmes d’actions

    La gestion de la faune et de son habitat doit s’inscrire dans une approche multi-sectorielle et requiert une bonne connaissance de la faune, de la flore et du milieu. Cela nécessite, outre les inventaires spécifiques, une étude de l’évolution du milieu en fonction, notamment, de l’utilisation qu’en fait l’homme.

    Ainsi les grandes lignes de la stratégie nationale de conservation de la faune et de son habitat peuvent être les suivantes :

  • - la maîtrise du potentiel faunique ainsi que la connaissance des aspirations, des besoins socio-économiques et culturels des populations rurales riveraines des aires d'habitat ;

    - la mise en place de systèmes de gestion appropriée des ressources fauniques en les intégrant dans une planification globale des terroirs ;

    - la restauration des habitats dégradés par la création d’aires protégées ;

    - le renforcement de la protection des espèces menacées tout en favorisant leur repeuplement dans leur habitat naturel ;

    - le soutien à la gestion des parcs forestiers ;

    - le renforcement des instruments juridiques en tenant compte des mutations profondes que subissent les milieux (habitat), les populations animales (réaménagement du statut resnihilus de la faune sauvage) et les enjeux socio-économiques et culturels ;

    - le développement au niveau national de la chasse sportive et de loisir ;

    - l’élaboration d’un plan de développement des ressources fauniques ;

    - l’élimination systématique des pesticides néfastes à la faune ;

    - la réduction des effets des hydrocarbures et substances toxiques ;

    - le renforcement des actions de lutte contre le braconnage ;

    - le développement de projets d'élevage d'animaux sauvages (game ranching) ;

    - la promotion de la chasse à l’arc ;

    - le réaménagement de l’exploitation forestière en vue de préserver les arbres et buissons de nidification ou de reproduction ;

    - la révision des stratégies de reboisement dans le sens de la promotion de la diversité végétale et de la restauration des chaînes alimentaires rompues ;

    - l’aménagement approprié et la classification des zones de chasse, dans le sens de la réduction des conflits entre la faune et le cheptel domestique d'une part, la faune et l'agriculture d'autre part ;

    - la promotion des investissements par le secteur privé ou par les collectivités décentralisées dans le domaine de la chasse et la gestion de la faune ;

    - la ristourne aux collectivités locales d’une partie des taxes, amendes et redevances générées par la chasse ;

    - la formation du personnel des services techniques concernés, des collectivités locales, mais aussi des décideurs, planificateurs et leaders d'opinion ;

    - l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme d’IEC sur la faune, son habitat et les enjeux environnementaux y afférents.

    Les programmes d’actions devraient s’articuler autour des axes ci-après :

    . Connaissance du patrimoine faunique

  • A travers ce programme, il s’agit d’initier des projets d’étude de la faune et de son milieu par des enquêtes auprès des populations, des guides et lieutenants de chasse, des inventaires, des études de comportements de certains animaux particuliers, etc.

  • . Aménagement des forêts et préservation de la faune
  • Ce programme étudiera les interfaces qui existent entre l’aménagement ou l’exploitation des forêts et la préservation de la faune pour déterminer les mécanismes d’intégration entre ces deux volets. Sur cette base, il sera possible d’initier des projets visant à corriger les déséquilibres identifiés.

    L'élevage des animaux sauvages est une entreprise qui peut être rentable (selon les espèces) et contribuer à la valorisation des ressources fauniques. Mais, il suscite encore beaucoup d’appréhensions dues, certainement, à des blocages d’ordre culturel. Ce programme comportera une étude socio-culturelle sur la domestication des animaux sauvages (quelles espèces, quels milieux, quels groupes sociaux). Un projet de vulgarisation permettra de transférer les techniques mises au point aux collectivités décentralisées et aux opérateurs privés intéressés par cette activité.