La détérioration des habitats de la faune apparaît comme l'une des principales manifestations de la dégradation des écosystèmes. En effet, le pays est actuellement confronté à une réduction drastique des aires de peuplement. Dans le même temps, on constate que la dynamique de reconstitution des populations animales est profondément perturbée.
La politique en matière de gestion de la faune vise la satisfaction des besoins des populations dans le cadre d'une exploitation qui ne compromet pas la dynamique et la durabilité des aires peuplées.
Sur le plan institutionnel, c'est le Ministère de l'Environnement et de la Protection de la Nature qui est chargé d'impulser et de coordonner la politique de conservation de la nature et de gestion des ressources fauniques à travers trois Directions nationales :
- la Direction des Parcs Nationaux est chargée de la sauvegarde des échantillons représentatifs des écosystèmes naturels du pays, d'assurer la protection de la faune et le développement du tourisme de vision dans les aires protégées ;
- la Direction de l'Environnement est chargée essentiellement de lutter contre toutes les formes de pollutions et de nuisances pouvant porter préjudice à la qualité de l'environnement.
Sur le plan juridique, la gestion de la faune et de son habitat est régie par le code de la chasse et de la protection de la faune. Ce texte d'ordre législatif et réglementaire, est renforcé à l'occasion, par des arrêtés organisant la saison de chasse. En outre, il faut noter que le code forestier complète harmonieusement le code de la chasse, particulièrement en ce qui concerne la protection et l'aménagement de l'habitat de la faune.
Il convient de rappeler que le Sénégal a adhéré à plusieurs conventions internationales parmi lesquelles :
- la Convention relative aux zones humides d'importance internationale, particulièrement comme habitat des oiseaux deau (RAMSAR, 1971), ratifiée en 1977 ;
- la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, dite Convention de l'UNESCO de 1972, ratifiée en 1975 ;
- la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction (CITES), dite Convention de Washington de 1973, ratifiée en 1977 ;
- la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, dite Convention de Bonn de 1979, ratifiée en 1983;
- la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de lEurope, dite Convention de Berne de 1979, ratifiée en 1987.
Il faut noter, par ailleurs, que la Direction des Eaux et Forêts entretient des relations de travail avec des institutions internationales telles que lUnion Mondiale pour la Nature (UICN) et le Conseil International de la Chasse (CIC).
En labsence dinventaires et détudes exhaustives, létat de la faune (et de son habitat) nest cerné quà travers les observations de terrain des agents forestiers, chasseurs, guides et lieutenants de chasse, ou des renseignements obtenus auprès des populations.
La faune au Sénégal est riche et très variée avec environ cent soixante neuf (169) espèces de mammifères et six cent vingt cinq (625) espèces doiseaux, mais elle est inégalement répartie sur létendue du territoire national.
En découpant le pays en deux zones par une ligne qui joint Joal, Kaolack, Tambacounda et Kidira, la partie sud, en raison dun habitat mieux structuré, savère plus dynamique. La dégradation des habitats au Nord, consécutive à la sécheresse et aux activités anthropiques négatives, explique le repli de la faune vers le Sud.
Ainsi, les grands mammifères ne se rencontrent presque plus que dans les parcs nationaux et les forêts classées de la zone sud, alors que la vallée du fleuve et le Ferlo Nord demeurent les lieux de rassemblement de lavifaune migratrice.
Parmi les atouts de la gestion de la faune, il faut citer lexistence de structures opérationnelles. Il sagit principalement du Conseil Supérieur de la Chasse et de la Protection de la Faune, organe consultatif, placé sous la présidence du MEPN. Ce conseil émet des avis sur toutes les mesures ou questions relatives à la chasse et notamment :
- la détermination du plan annuel de tir pour la grande chasse ;
- la fixation du quota journalier despèces autorisées au tir dans le cadre de la petite chasse.
Les exploitants cynégétiques, au nombre de trente cinq, sont détenteurs dune licence renouvelable chaque année et qui donne le droit dexercer leurs activités dans les zones amodiées. Ils sont liés à ladministration forestière par un cahier des charges qui précise leurs obligations en matière de gestion de la faune et daménagement de lhabitat dans les limites des zones placées sous leurs responsabilités ;
Les lieutenants de chasse sont des auxiliaires du service forestier. Ils apportent leur collaboration, notamment dans le domaine du contrôle de lactivité de chasse. Actuellement au nombre de vingt six, ils sont nommés pour une durée de 2 ans renouvelables ;
Les associations de chasse contribuent, par léducation de leurs membres et du public, au respect des règles de la chasse sportive et participent à la conservation du gibier et à la lutte contre le braconnage.
Les problèmes rencontrés dans la gestion de la faune et de son habitat peuvent se résumer comme suit :
- absence dinventaires et de moyens de connaissance précise du potentiel et de lhabitat de la faune autant que de la dynamique des populations animales ;
- utilisation concurrentielle de lespace et marginalisation du domaine de la faune et de son habitat par rapport à des programmes considérés comme prioritaires (barrages, infrastructures, défrichements pour promouvoir le développement de lagriculture, élevage, industrie, exploitation des mines, etc.) ;
- effets négatifs des actions anthropiques, en particulier la destruction des habitats de la faune, les feux de brousse, le braconnage, la surexploitation forestière et les pollutions (modification de la chaîne alimentaire par les produits phytosanitaires ) ;
- absence dune opinion publique mobilisée en faveur de la protection de la faune et de son habitat ;
- inexistence détudes dimpact lors de la conception de projets de grande envergure ayant une incidence sur la faune et son habitat ;
- faible implication des populations et des collectivités locales dans la gestion de la faune;
- conditions climatiques défavorables ;
- rareté et assèchement précoce des eaux de surface ;
- manque dintérêt des bailleurs de fonds pour le financement de projets en matière de gestion de la faune.
. Prise en compte de la dimension environnementale
Parmi les mesures adoptées dans le domaine de la gestion de la faune en vue de contribuer à la protection de lenvironnement, on retiendra :
. celles relatives à la chasse et visant à éliminer tout acte dommageable pour les ressources fauniques ;
. celles relatives à la protection de la faune à léchelle régionale ou mondiale.
Concernant le premier point, il faut mentionner la mise en place dun réseau daires protégées et la délimitation de zones où la chasse est temporairement fermée ou autorisée seulement pour certains types de gibier :
- zones où la chasse est interdite et lhabitat partiellement protégé (réserves de faune et forêts classées) ;
- zones où la chasse est réglementée et lhabitat partiellement protégé (zones dintérêt cynégétique, zones de chasse amodiées et zones banales).
Cest dans ce domaine quil faut situer lamodiation qui permet de concentrer lactivité de la chasse dans des zones bien aménagées à cette fin pour mieux la contrôler.
Sagissant du deuxième point, il faut citer les mesures adoptées chaque année par larrêté organisant la campagne de la chasse et portant entre autres sur :
- la limitation du nombre de jours de chasse (en période douverture de la chasse, toute la semaine pour les touristes et trois jours pour les résidents, cest-à-dire du vendredi au dimanche inclus, plus les jours fériés) ;
- la limitation des latitudes dabattage par catégorie de permis et espèces de gibier;
- ladoption dun plan de tir annuel concernant la grande chasse qui se pratique exclusivement au niveau de la Falémé ;
- ladoption de quotas dexportation en matière de commerce des oiseaux.
Cest également sous ce chapitre quil faut évoquer toutes les dispositions du code de la chasse (loi N° 86-04 du 24 janvier 1986) qui participent de la protection de lenvironnement : interdiction de chasser avec des armes de guerre, le feu, les filets, les pièges, les explosifs, les drogues et les engins éclairants.
Pour ce qui concerne la troisième série de mesures, nous avons déjà mentionné les conventions internationales portant sur la faune que le Sénégal a ratifiées.
En résumé, lenvironnement spatial est une dimension visible en matière de gestion de la faune dans la mesure où la faune est toujours associée à son habitat dans une perspective daménagement. En revanche, lenvironnement qualitatif est plus discret. Et cest là, lenjeu de tout programme daménagement portant sur la faune. Il sagit de tenir compte de la qualité physico-chimique des eaux, des sols et de lair, des bruits, de linsolation, etc.
. Initiatives engagées au cours de la période récente
En juin 1993, le Ministère de lEnvironnement et de la Protection de la Nature a organisé une table - ronde consacrée à la présentation du "Livre blanc" sur le parc national du Niokolo Koba. Cette rencontre a permis de définir trois axes dorientation stratégique pour la gestion du parc :
ii) la réhabilitation des infrastructures en vue daccroître lefficacité des actions de lutte contre le braconnage ;
iii) le développement de léco-tourisme et laffectation dune partie des recettes à lentretien du parc.
Au niveau de lensemble des aires protégées, la stratégie de gestion se fonde désormais sur limplication des populations et le développement du partenariat dans le cadre de la mise en uvre de plans de gestion intégrée. Plusieurs exemples peuvent être cités : parc national du Djoudj, projet Niokolo/Badiar, projet de réhabilitation et de valorisation du parc national du Niokolo koba et protection de lespace naturel "Kër Cupam" de popenguine.
Parmi les problèmes qui se posent à la gestion de la faune, ceux quon peut qualifier de stratégiques sont les suivants :
. Conditions climatiques défavorables et modification de lécologie
Le glissement des isohyètes vers le sud entraîne une modification de la biodiversité végétale; ce qui désaxe les chaînes trophiques. Lintervention de lhomme en quête de produits végétaux et de protéines animales contribue à accélérer la destruction des habitats.
La prolifération des produits phytosanitaires et des déchets industriels pose le problème de lapproche sectorielle et rend nécessaire la mise en place dun cadre global d'intervention.
Quelles viennent de loin ou des zones tampon, les populations en butte à la pauvreté trouvent souvent dans le braconnage un moyen naturel de résoudre leurs problèmes de subsistance.
Les populations urbaines en proie à une pénurie structurelle dénergie ont appris depuis longtemps à surexploiter les forêts naturelles pour leurs besoins en combustibles. Le front de lexploitation, parti de Thiès en passant par Kaffrine et Podor, se trouve maintenant à Tambacounda et Kolda. La coupe des arbres pour produire lénergie ne se soucie guère de la multi-fonctionnalité des forêts.
Lexpansion de larachide et du coton au Sud risque dentraîner les mêmes effets que dans la région Nord où les aménagements pilotes de production arachidière en maîtrise totale de leau dans le Delta du fleuve Sénégal ont provoqué la destruction des habitats. Il savère indispensable dassurer une cohérence entre les déclassements des forêts et la préservation de lhabitat de la faune.
. Eléments de stratégie et programmes dactions
La gestion de la faune et de son habitat doit sinscrire dans une approche multi-sectorielle et requiert une bonne connaissance de la faune, de la flore et du milieu. Cela nécessite, outre les inventaires spécifiques, une étude de lévolution du milieu en fonction, notamment, de lutilisation quen fait lhomme.
Ainsi les grandes lignes de la stratégie nationale de conservation de la faune et de son habitat peuvent être les suivantes :
- la mise en place de systèmes de gestion appropriée des ressources fauniques en les intégrant dans une planification globale des terroirs ;
- la restauration des habitats dégradés par la création daires protégées ;
- le renforcement de la protection des espèces menacées tout en favorisant leur repeuplement dans leur habitat naturel ;
- le soutien à la gestion des parcs forestiers ;
- le renforcement des instruments juridiques en tenant compte des mutations profondes que subissent les milieux (habitat), les populations animales (réaménagement du statut resnihilus de la faune sauvage) et les enjeux socio-économiques et culturels ;
- le développement au niveau national de la chasse sportive et de loisir ;
- lélaboration dun plan de développement des ressources fauniques ;
- lélimination systématique des pesticides néfastes à la faune ;
- la réduction des effets des hydrocarbures et substances toxiques ;
- le renforcement des actions de lutte contre le braconnage ;
- le développement de projets d'élevage d'animaux sauvages (game ranching) ;
- la promotion de la chasse à larc ;
- le réaménagement de lexploitation forestière en vue de préserver les arbres et buissons de nidification ou de reproduction ;
- la révision des stratégies de reboisement dans le sens de la promotion de la diversité végétale et de la restauration des chaînes alimentaires rompues ;
- laménagement approprié et la classification des zones de chasse, dans le sens de la réduction des conflits entre la faune et le cheptel domestique d'une part, la faune et l'agriculture d'autre part ;
- la promotion des investissements par le secteur privé ou par les collectivités décentralisées dans le domaine de la chasse et la gestion de la faune ;
- la ristourne aux collectivités locales dune partie des taxes, amendes et redevances générées par la chasse ;
- la formation du personnel des services techniques concernés, des collectivités locales, mais aussi des décideurs, planificateurs et leaders d'opinion ;
- lélaboration et la mise en uvre dun programme dIEC sur la faune, son habitat et les enjeux environnementaux y afférents.
Les programmes dactions devraient sarticuler autour des axes ci-après :
. Connaissance du patrimoine faunique
A travers ce programme, il sagit dinitier des projets détude de la faune et de son milieu par des enquêtes auprès des populations, des guides et lieutenants de chasse, des inventaires, des études de comportements de certains animaux particuliers, etc.
Ce programme étudiera les interfaces qui existent entre laménagement ou lexploitation des forêts et la préservation de la faune pour déterminer les mécanismes dintégration entre ces deux volets. Sur cette base, il sera possible dinitier des projets visant à corriger les déséquilibres identifiés.
L'élevage des animaux sauvages est une entreprise qui peut être rentable (selon les espèces) et contribuer à la valorisation des ressources fauniques. Mais, il suscite encore beaucoup dappréhensions dues, certainement, à des blocages dordre culturel. Ce programme comportera une étude socio-culturelle sur la domestication des animaux sauvages (quelles espèces, quels milieux, quels groupes sociaux). Un projet de vulgarisation permettra de transférer les techniques mises au point aux collectivités décentralisées et aux opérateurs privés intéressés par cette activité.