1. CONTEXTE PHYSIQUE

1.1 Cadre biophysique

D'une superficie d'environ 200.000 km², le Sénégal occupe la partie méridionale du bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien. Sa situation latitudinale (entre 12° et 16°30 Nord) et sa position de finistère ouest africain au contact d'un milieu continental et d'un milieu océanique expliquent l'originalité de ses conditions climatiques. Il s'agit d'un pays sahélien dont le climat est caractérisé par deux saisons nettement tranchées :

- une saison chaude et pluvieuse (hivernage), marquée par la circulation de la mousson de juin à octobre ;

- une saison sèche durant laquelle soufflent les alizés continentaux à dominante nord -nord-ouest ;

La pluviométrie a baissé de manière significative au cours des 40 dernières années. Elle varie fortement d’une région à l’autre, passant de 1.000 mm/an dans le Sud à moins de 300 mm/an dans le Nord.

Le Sénégal est un pays plat, constitué essentiellement de plaines et de plateaux. Le relief oppose les régions du socle (localisées dans le Sud-est, avec des altitudes de l'ordre de 400 m au maximum) à celles du bassin sédimentaire qui sont constituées de bas plateaux, de plaines et de vallées alluviales dont les altitudes dépassent rarement 50 m, à l'exception de l'escarpement de la falaise de Thiès (plus de 100 m d'altitude).

Le Sénégal est largement ouvert sur l'océan Atlantique et ses côtes s'étendent sur environ 700 Km, faisant alterner de longs secteurs de côtes basses, rectilignes et sableuses, (de Saint-Louis à Cambéréne), des côtes rocheuses à falaises (Cap vert, Cap de Naze...) et des côtes d'estuaires et de mangroves (Saloum, Casamance...). En dépit de la proximité du milieu marin qui tend à atténuer sur le littoral le caractère sahélien du pays (températures plus basses), le Sénégal subit depuis plus de vingt ans une sécheresse persistante qui résulte d'une baisse sensible et généralisée de la pluviométrie. Ses ressources naturelles sont considérablement affectées par cette péjoration climatique exacerbée, par ailleurs, par des actions anthropiques négatives (feux de brousse, exploitation abusive du couvert herbacé et ligneux et des ressources en eaux, etc.).

La variété de ses conditions bioclimatiques et la diversité de son substratum géologique font que le Sénégal recèle plusieurs types de sols aux aptitudes inégales :

- les sols dits isohumiques (brun - rouges subarides) que l’on rencontre au Nord du Sénégal et qui sont caractérisés par une texture sableuse sur tout le profil. Ils sont fragiles et sensibles à l’érosion éolienne. C’est le domaine de la culture du mil et du niébé et, dans une moindre mesure, de l’arachide ;

- les sols ferrugineux tropicaux peu ou pas lessivés situés plus au sud (en particulier dans le nord du bassin arachidier) et caractérisés par leur richesse en sable ainsi que leur extrême sensibilité à l’érosion hydrique et éolienne. Ce sont les terres de prédilection de la culture de l’arachide, du niébé, etc.

- les sols ferrugineux tropicaux lessivés, bruns ou beiges, que l’on rencontre au Centre et au Centre-Sud du bassin arachidier et qui sont caractérisés par une texture sableuse ou sablo-limoneuse en superficie et limoneuse à limono-argileuse en profondeur. Ces sols sont exposés principalement à l’érosion hydrique, mais aussi éolienne. Ce sont des terres de culture de l’arachide ;

- les sols ferrallitiques localisés au Sud et caractérisés par leur couleur rouge, leur profil très profond et leur extrême sensibilité à l’érosion hydrique, surtout lorsque le couvert végétal se raréfie. Ce sont des terres de culture de l’arachide et du mil ;

- les vertisols rencontrés dans les dépressions à argile gonflante (vallée du fleuve Sénégal, Cap Vert, Anambé). Ils sont résistants à l’érosion et constituent d’excellents sols maraîchers et rizicoles ;

- les sols hydromorphes caractérisés par la présence temporaire ou permanent de l’eau, que l’on rencontre surtout dans les vallées alluviales et le long du littoral (dépression des Niayes). Ces sols se prêtent à la culture maraîchère ;

- les sols halomorphes caractérisés par leur salinité et/ou alcalinité. On les rencontre dans les domaines fluvio-marins (estuaires et deltas), mais aussi dans les zones où affleurent les roches sodiques ;

- les sols peu évolués d’érosion, lithiques que l’on rencontre principalement dans le Sud-Est du pays, notamment à Kédougou, Tambacounda et sur certains plateaux de la Casamance. Ils sont réservés généralement au parcours du bétail.

Les formations végétales du Sénégal sont en relation étroite avec les zones climatiques et subissent l’influence de facteurs stationnels, édaphiques, hydriques et topographiques. Elles évoluent du Nord au Sud en fonction du gradient pluviométrique. Une étude succincte de leur zonation permet de distinguer :

- les steppes arbustives et arborées du domaine sahélien ;

- les savanes arbustives et arborées du domaine sahélo-soudanien ;

- les forêts claires, caractéristiques du domaine guinéen.

A cette zonation de la végétation s’ajoutent deux formations typiques :

- les forêts galeries situées le long des cours d’eau et dans le domaine guinéen ;

- les mangroves à Rhizophora racemosa et à Avicennia africana que l’on rencontre sur les berges des fleuves Saloum et Casamance, ainsi que dans les estuaires.

 

1.2 Audit environnemental

Les données d'études et de recherches disponibles permettent de mesurer l’ampleur de la dégradation des ressources naturelles et la détérioration de l'environnement au Sénégal :

- les forêts naturelles qui, en 1980, représentaient 8,1 millions d'hectares ne constituent plus que 7,5 millions d'hectares en 1990, soit une disparition de 7,4% des ressources végétales en l’espace de dix ans ;

- les sols se dégradent continuellement sous l'effet conjugué des facteurs climatiques, de la diminution de la couverture forestière et de l’utilisation insuffisante ou inappropriée de fertilisants, ce qui engendre une chute des rendements agricoles ;

- la dégradation des ressources en eau liée notamment à l’intrusion marine et à celle des eaux de ruissellement drainant toutes sortes de polluants chimiques (pesticides, engrais...) et microbiologiques (germes pathogènes divers), atteint des degrés préoccupants ;

- les ressources halieutiques sont menacées du fait notamment de la pollution et de pêche industrielle maritime, mais aussi des variations climatiques qui ont contribué à réduire sensiblement la productivité des eaux estuariennes et marines ;

- la production agricole par habitant se réduit sans cesse sous l'effet de la dégradation générale de l'environnement productif ;

- le cadre de vie s’est considérablement dégradé à cause de l’absence de systèmes efficaces de gestion des déchets urbains et industriels et des rejets de gaz dans l’atmosphère. A cela s’ajoutent la faiblesse du taux de raccordement à l’égout, la couverture territoriale incomplète des réseaux d’égout et la vétusté des infrastructures, la mauvaise utilisation des réseaux par les populations, les rejets bruts de déchets vers les milieux récepteurs et l’absence de latrines dans certaines zones urbaines ;

- la gestion de l’environnement urbain est également entravée par la non maîtrise du processus de planification urbaine, l’inadéquation des infrastructures et la faible implication des populations dans la définition et la mise en œuvre des programmes d’amélioration du cadre de vie ;

- l’implantation des unités industrielles dans des zones d’habitation pose des problèmes de sécurité et provoque des pollutions et nuisances liés à l’absence de systèmes de traitement des rejets provenants des industries.

Au-delà de ces tendances générales d’évolution des écosystèmes, il convient de noter que les différentes zones éco-géographiques du pays sont confrontées à des contraintes spécifiques. Pour appréhender correctement les mutations qui affectent les écosystèmes et les systèmes d’exploitation, il importe de rappeler que le Sénégal a été subdivisé en six zones éco-géographiques relativement homogènes sur la base de la combinaison de leurs caractéristiques bio-physiques et socio-économiques. Ces zones concernent :

. la vallée du fleuve Sénégal qui s'étend de la zone du Delta au Sud de Bakel. D'une superficie de 9.658 km2, elle correspond pour l'essentiel aux zones riveraines du fleuve où peut s'exercer une agriculture irriguée, suite notamment à la construction des barrages de Diama et de Manantali. Du point de vue administratif, la vallée du fleuve englobe une partie des régions de Saint-Louis (départements de Dagana, Podor et Matam) et de Tambacounda (département de Bakel) ;

. la zone sylvo-pastorale, située au Sud du fleuve Sénégal, correspond au Ferlo où l’élevage extensif constitue l’activité dominante. D'une superficie de 55.561 km2, elle constitue l'une des zones éco-géographiques les plus vastes. Administrativement, la zone sylvo-pastorale est à cheval sur une partie des régions de Saint-Louis et de Louga (départements de Louga et de Linguère) ;

. la zone des Niayes correspond à une bande de terre qui longe le littoral Nord entre Dakar et le Sud du Delta du fleuve Sénégal. D'une superficie de 2.759 km², elle est caractérisée par la présence des "Niayes" qui sont des dépressions interdunaires où affleure la nappe phréatique et où se pratiquent des cultures maraîchères. Sur le plan administratif, la zone des Niayes regroupe la région de Dakar, ainsi qu'une partie des régions de Thiès (département de Thiès et de Tivaouane) et de Louga (départements de Louga et Kébémer) ;

. le bassin arachidier avec ses 46.367 km² correspond à la zone où domine la culture de l'arachide. Il couvre une partie des régions de Louga (départements de Louga et Kébémer) et de Thiès, la totalité des régions de Diourbel, Fatick et Kaolack et l'Ouest de la région de Tambacounda. Le bassin arachidier peut être subdivisé en quatre sous-zones : le bassin arachidier ancien, le bassin arachidier central et oriental, la sous-zone de polyculture située au Sud du Saloum et la sous-zone estuarienne et insulaire du Saloum ;

. la Casamance est caractérisée par des formations forestières abondantes. Elle s'étend sur une superficie de 28.324 km² et peut être subdivisée en trois sous-zones : la Basse Casamance qui correspond à la région de Ziguinchor, la Moyenne Casamance (département de Sédhiou) et la Haute Casamance (départements de Kolda et Vélingara);

. le Centre-Est et le Sud-Est correspond pour l'essentiel à l'ancienne région du Sénégal oriental. Cette zone s'étend sur 51.958 km² et présente un relief très accidenté (plateaux cuirassés et contreforts du massif du Fouta Djallon). Bien qu'étant très enclavée, la zone recèle d'importantes potentialités minières.

La plupart des problèmes environnementaux identifiés dans les différentes zones éco-géographiques résultent du processus de dégradation des conditions climatiques (sécheresse) qui s'est accéléré depuis la fin des années 1960, mais aussi de l'impact des activités anthropiques (pression démographique, extension des cultures, développement des aménagements hydro-agricoles, etc.) qui se traduisent par une modification profonde des systèmes d'utilisation de l'espace et d'exploitation des ressources naturelles.

Les problèmes environnementaux communs à toutes les zones éco-géographiques concernent :

- l'appauvrissement des sols par suite d'une érosion éolienne et/ou hydrique intense, mais aussi, dans les zones littorales, par la salinisation et l’acidification (développement des "tann" au détriment des mangroves). Ces processus ont été accentués par les effets combinés de l'extension des cultures commerciales et la généralisation de pratiques culturales peu respectueuses de l'environnement (suppression des jachères, absence d'enrichissement des sols, etc.) ;

- la dégradation des formations forestières en particulier, de la végétation en général constitue une des manifestations de la sécheresse dont les impacts sont aggravés par l'extension des zones de culture (défrichements, feux de brousse, etc.), la pratique de l'élevage extensif (surpâturage, élagage des ligneux, etc.) et la surexploitation des ressources forestières pour la production de charbon de bois. Plusieurs formations forestières se trouvent dans un état de dégradation avancé (cas des mangroves), d'autres formations spécifiques comme les forêts de gonakié de la vallée du fleuve Sénégal ont quasiment disparu au cours de ces dernières années ;

- la régression de la faune sauvage s'explique essentiellement par la destruction des habitats. Ainsi, il ne subsiste plus, dans certaines régions, qu'une petite faune résiduelle, la grande faune sauvage s'étant réfugiée dans les zones protégées, notamment les réserves et les parcs nationaux ;

- la dégradation du cadre de vie apparaît comme une contrainte majeure. Si ce problème demeure très aigu dans les grandes villes, en particulier dans l'agglomération dakaroise, il commence à devenir préoccupant également en zone rurale. La dégradation du cadre de vie s'explique par l'inexistence ou la faiblesse de systèmes adéquats d'assainissement, d’évacuation des eaux usées et des eaux pluviales, de collecte et de traitement des ordures. A cela s'ajoutent, dans les zones d'implantation des unités industrielles (vallée du fleuve Sénégal, Niayes), des problèmes de pollution chimique et d'insécurité pour les populations ;

- la diminution des ressources en eau est signalée dans la plupart des zones éco-géographiques. Elle renvoie à plusieurs facteurs dont l'un des plus importants concerne la baisse de la pluviométrie. Dans la zone sylvo-pastorale, les Niayes et le bassin arachidier, les ressources en eau sont soumises à une surexploitation pour la consommation domestique et le développement d'activités productives (agriculture et élevage). Dans la quasi totalité des zones éco-géographiques, il se pose des problèmes d'entretien des ouvrages hydrauliques ;

- la réduction des ressources halieutiques est signalée dans presque toutes les zones où se pratique la pêche (vallée du fleuve Sénégal, Niayes, bassin arachidier et Casamance). La pêche continentale se trouve confrontée à une modification du régime du fleuve Sénégal consécutive à la construction des barrages de Diama et Manantali (obstacle physique à la migration de certaines espèces dans le fleuve, destruction de zones d'habitat et de reproduction des espèces continentales suite aux endiguements).

Les mutations des systèmes d'exploitation doivent être analysées en relation avec les caractéristiques des zones éco-géographiques (contraintes et potentialités) et l’impact induit par les programmes de développement mis en œuvre.

Dans la vallée du fleuve Sénégal, la politique d'aménagement hydro-agricole a favorisé le passage d'une agriculture de subsistance, basée sur les cultures pluviales et de décrue associant l'élevage et la pêche à une agriculture irriguée dont le développement induit la marginalisation progressive des autres activités (élevage et foresterie notamment). La promotion des activités agricoles modernes se fait au prix d'un recours massif à des produits chimiques (pesticides, herbicides, insecticides, etc.) qui entraînent une acidification des sols.

Sur un autre plan, la zone de la vallée du fleuve a enregistré une baisse considérable de la production de la pêche continentale (les pertes sont estimées à 2.000 t/an).

Dans la zone du Delta, en aval du barrage de Diama, les activités de maraîchage pratiquées dans des cuvettes ou des dépressions alimentées en eau douce (Gandiolais) sont actuellement menacées du fait de la salinisation quasi permanente des eaux du fleuve. Il convient de signaler que la présence permanente des eaux douces en amont du barrage de Diama a entraîné l'apparition de certaines maladies qui affectent les populations humaines (bilharziose intestinale par exemple), mais aussi le cheptel (fièvre de la vallée du rift, schistosomiase, etc.). Ces problèmes soulignent l'urgence de la mise en œuvre du Programme de Développement de la Rive Gauche.

Dans la zone sylvo-pastorale, l'avancée du front de colonisation agricole dans la partie Sud du Ferlo contribue à exacerber la compétition pour l'espace entre les activités agricoles et pastorales. Dans la mesure où ces activités sont exercées par des groupes différents, les conflits qui les opposent revêtent une tonalité particulière; ce d'autant que la Loi sur le domaine national ne reconnaît pas l'élevage comme une forme de mise en valeur de la terre. Une autre contrainte importante concerne la destruction accélérée des forêts.

Dans la zone des Niayes, les mutations engagées sont à l'origine d'un développement considérable des cultures maraîchères et de l'arboriculture. Cela se traduit par une forte pression sur les vallées fossiles, les lacs et les ressources en eau. Cette évolution des modes de mise en valeur du milieu est liée aux effets induits par la Nouvelle Politique Agricole qui a rendu difficile l'accès aux intrants. Du point de vue écologique, l’ensablement des cuvettes maraîchères et la remontée des nappes salées apparaissent comme les phénomènes majeurs.

Dans la zone du bassin arachidier, les systèmes traditionnels de type agro-pastoral qui favorisaient une gestion intégrée des terroirs ont été profondément déstabilisés sous l'effet de plusieurs facteurs (déficit pluviométrique, introduction de la culture attelée, vulgarisation des techniques de déboisement et de dessouchage des parcelles de culture, commercialisation des sous-produits agricoles, etc.). Le maintien des activités d'élevage dans la zone est entravé par de multiples contraintes : réduction de l'espace pastoral, notamment les zones situées au nord et au centre du bassin arachidier, insuffisance des points d'eau, maillage inadéquat des infrastructures hydrauliques, prévalance de certaines épizooties (en particulier la trypanosomiase), etc.

En Casamance, il convient d'accorder une attention particulière au développement des cultures commerciales (coton et arachide) qui sont connues pour leurs impacts négatifs sur les sols du fait d'un déboisement complet des parcelles. La pression continue qui s'exerce sur les ressources forestières de la zone se traduit par des déboisements massifs qui affectent sérieusement les potentialités locales. A ces contraintes s’ajoutent la réduction de la mangrove et des productions qui lui sont rattachées (huîtres, arches, crevettes...), la crise de la riziculture menacée par la salinisation et l’ensablement des rizières, notamment en basse Casamance. Il convient de signaler que l’insécurité politique qui prévaut actuellement dans la région entraîne des conséquences notables sur la gestion des ressources forestières ainsi que sur la préservation de la diversité biologique.

A cause de son enclavement, la zone du Centre-Est et du Sud-Est est restée quelque peu en marge des bouleversements socio-économiques et écologiques que le pays a connus. Mais, le développement des activités extractives et l'afflux de populations dans la zone risquent d'avoir des impacts négatifs sur l'environnement (pollution par les produits chimiques, surexploitation des formations forestières, extension des terres de culture, etc.).

Cette description succincte des problèmes environnementaux et des mutations observées dans les différentes zones éco-géographiques permet de formuler les constats suivants :

i) pour l’essentiel, les problèmes environnementaux identifiés dans les différentes zones se recoupent; ce qui devrait faciliter une coopération inter-régionale ;

ii) l'analyse des tendances d'évolution des écosystèmes fait apparaître la nécessité d'affiner le zonage pour réduire l'hétérogénéité des situations locales au sein d'une même zone. En effet, le découpage des zones éco-géographiques tel que conçu actuellement ne favorise pas la prise en compte des problèmes spécifiques à la zone côtière (érosion côtière, destruction des mangroves, etc.). Les problèmes de la zone côtière doivent être appréhendés dans leur globalité et leur complexité en partant du constat que ces contraintes sont en grande partie déterminées par la forte concentration des populations qui tendent à s’éloigner d’un milieu continental hostile ;

iii) du point de vue des opportunités et contraintes identifiées dans les différentes zones éco-géographiques, le bassin arachidier apparaît comme la zone la plus défavorisée. La zone sylvo-pastorale également est durement affectée par la crise des écosystèmes et des systèmes d’exploitation malgré l'implantation de nombreux forages et la mise en place de programmes de soutien à l'élevage. A l'inverse, la vallée du fleuve Sénégal présente l'image d'une zone qui recèle d'immenses potentialités de terres irrigables, des ressources en eau importantes et des gisements de phosphates prometteurs. Toutefois, les barrages construits dans le souci de valoriser ces potentialités ont également engendré des effets néfastes non négligeables : accélération de la salinisation des terres du Delta, apparition de maladies hydriques, pollution des eaux, diminution des ressources halieutiques, etc.

Pour ce qui concerne les écosystèmes particulièrement vulnérables (zones humides continentales et littorales, milieu marin), ils connaissent des mutations rapides qui mettent en jeu leur survie. Parmi les facteurs de dégradation des zones humides et des écosystèmes marins, figurent :

- la paupérisation croissante des communautés vivant autour des zones humides continentales et littorales et une tendance à la dégradation de la zone côtière et du milieu marin liée notamment à une exploitation effrénée des ressources existantes (ressources halieutiques, bois de mangrove, sel, etc.) ;

- la forte concentration des populations et le développement des activités économiques induisent une augmentation continue de la pression exercée sur des écosystèmes fragiles ;

- les changements climatiques et leurs effets sur les variations du niveau de la mer ;

- la destruction des habitats critiques dans certaines zones humides continentales qui revêt une ampleur préoccupante ;

- l’altération physique et l'érosion des côtes qui s‘exercent le long du littoral ;

- la péjoration climatique qui entraîne une salinisation et une acidification des sols de mangrove en particulier, ainsi que des eaux de surface et des eaux souterraines.

Pour ce qui concerne certaines ressources clefs comme par exemple les ressources en eau, leur exploitation est limitée par plusieurs contraintes, au nombre desquels on peut relever notamment :

- des remontées d'eau marine qui rendent nécessaire la construction de barrages de protection ;

- de fortes variations saisonnières et inter-annuelles des pluies qui exigent l'édification de structures de stockage à des coûts souvent élevés ;

- la limitation des possibilités d'irrigation gravitaire et le recours à des équipements coûteux pour le pompage et le drainage.

Il s'y ajoute, s'agissant spécifiquement des eaux souterraines, que les lacunes qui existent dans la connaissance de leur volume réel, leurs qualités géochimiques, leurs aptitudes pour les usages agricoles et humains ainsi que les conditions de recharge de ces ressources hydrogéologiques limitent la planification de leur utilisation rationnelle.

On enregistre ainsi une surexploitation de certaines nappes soumises à des prélèvements journaliers qui dépassent leurs capacités, comme c'est le cas pour la nappe de Sébikotane. Il convient de signaler que l'aquifère des Niayes dans la région de Dakar est menacé par des risques sérieux d'intrusion des eaux marines.

Les perspectives de développement économique et social devront tenir compte du lourd handicap que constitue la péjoration du potentiel biologique des écosystèmes, mais aussi des possibilités que peut offrir la valorisation rationnelle des potentialités naturelles dont dispose le pays. Ces potentialités concernent pour l’essentiel :

- les forêts classées, au nombre de 213, couvrent 6.237.648 ha et le domaine protégé dont la superficie est de 6.500.000 ha ;

- des disponibilités importantes en bois de service avec un potentiel national estimé à près de 49 millions de m3 dont la quasi totalité se trouve localisée dans les régions forestières de Tambacounda, Ziguinchor et Kolda ;

- les terres cultivables sont estimées à quelques 3,5 millions d'hectares dont 2,4 millions sont effectivement exploitées, ce qui laisse une marge théorique de 1,1 millions d’ha ;

- les aires protégées couvrent près de 2.200.000 ha et offrent des perspectives prometteuses en matière d'écotourisme, notamment au niveau du parc national des oiseaux de Djoudj et celui du Niokolo Koba qui constituent des fleurons ;

- les potentialités appréciables de développement de la pêche et de l’aquaculture continentales ;

- des substances minérales et des combustibles fossiles répartis dans le bassin sédimentaire du socle ancien : phosphates de Taïba, Thiès et Matam, sables titanifères de Lompoul, tourbes des Niayes, attapulgite et matériaux de construction sur le plateau de Thiès, gaz à Diamniadio et Gadiaga, fer de la Falémé, or de Sabodala...

Bien que très fortement affectées par la sévérité des conditions climatiques et la grande variabilité inter-annuelle des précipitations, les eaux de surface et les ressources hydrogéologiques - estimées à plusieurs centaines de milliards de m3 de réserves - offrent des opportunités importantes de mise en valeur des potentialités de développement agro-sylvo-pastoral.

Plus des deux tiers du pays disposent de ressources en eau souterraine. Ces aquifères importants sont toutefois d'âge, de profondeur et de niveau de minéralisation très différents.

S’agissant des ressources en eau de surface, il convient de noter l’existence de trois systèmes hydrographiques importants : le fleuve Sénégal (dont le débit s’élève à 23 milliards/m3), le cours moyen de la Gambie (2 - 3 milliards/m3) et le bassin du fleuve Casamance. En dehors de ces cours d'eau, le pays dispose d’autres ressources en eau de surface : lac de Guiers, bassin de l'Anambé et vallées mortes du Sine, du Saloum et du Ferlo, auxquels s’ajoutent plusieurs marigots et bas-fonds pouvant mobiliser un volume annuel cumulé d’eau d'environ 90 à 100 millions de m3.

Les potentialités d’irrigation sont considérables à partir des eaux de surface, notamment dans:

- la vallée du fleuve Sénégal avec les barrages de Manantali et Diama. Les études hydro-agricoles de l'OMVS, notamment celles de la SCET-AGRI, estiment ce potentiel à 240.000 ha. Sa mise en valeur dans le cadre de la politique de l’après-barrages devrait être d'un apport déterminant dans la concrétisation de la politique nationale de sécurisation des productions agricoles et de recherche de l'autosuffisance céréalière ;

- la région de Tambacounda où le fleuve Gambie et ses affluents ainsi que la Falémé constituent d'importantes ressources hydrauliques pour l'irrigation avec quelques 100.000 ha de terres qui pourraient être irriguées à partir des barrages en projet (Kékréti et Samba-Galou) ;

- les régions de Kolda et Ziguinchor où les divers barrages anti-sel ou de retenue réalisés ou en cours permettent la récupération d'environ 70.000 ha de terres, tandis que les aménagements du bassin de l'Anambé par la SODAGRI permettraient d’irriguer quelques 20.000 ha ;

- les régions de Louga et Thiès où le canal du Cayor permettra d’assurer l'irrigation de 8.500 ha ;

- le Ferlo où la revitalisation des vallées fossiles permettrait d’irriguer 18.000 ha (sur un potentiel estimé à 36.000 ha pour l’ensemble de la zone d’emprise du projet).

Du point de vue de ses écosystèmes et de son patrimoine génétique, le Sénégal dispose d’atouts importants, notamment :

- une diversité spécifique relativement élevée pour un pays sahélien ;

- un réseau consistant et fonctionnel d’aires protégées ;

- un relais de migration de nombreux oiseaux des zones humides littorale et continentale ;

- des sièges de remontées d'eaux froides riches en éléments des zones marines et côtières ;

- une production et une productivité élevées, notamment dans le domaine halieutique  (entre 300.000 et 350.000 tonnes/an en poissons pélagiques côtiers, entre 15.000 et 20.000 tonnes/an en espèces hauturières, de l'ordre de 40.000 tonnes en ressources démersales) ;

- la présence de substances utiles (sel, sable, coquilles, minéraux lourds, tourbes, etc.) ;

- la valeur appréciable des ressources vivantes disponibles (à la fois du point de vue culturel, scientifique, touristique et récréatif).

Toutes ces potentialités montrent que les marges de progrès possible sont encore importantes. Les programmes d'infrastructures hydrauliques et hydro-agricoles de même que les projets de foresterie prévus ou en cours d'exécution traduisent clairement la prise en compte de l'intérêt économique considérable des potentialités des ressources naturelles.

Mais, l'enjeu actuel concerne d’abord et avant tout l’articulation efficiente de la variable environnementale aux autres paramètres de développement économique et social. Cela nécessite l’élaboration de politiques de planification et de gestion durable des ressources naturelles et l’adoption de mesures hardies en matière de prévision, d'évaluation et de suivi des impacts environnementaux des différentes politiques sectorielles.