1.1.2 Elevage

. Etat des lieux

L’activité pastorale s’exerce dans l’ensemble de l’espace sénégalais. Ses formes varient en fonction de plusieurs paramètres : spécialisation plus ou moins marquée des producteurs dans le nord et l’est du pays, caractère plus domestique de la gestion de petits troupeaux familiaux dans tout le reste du pays.

Le secteur de l’élevage apporte une contribution de l’ordre de 7 % au PIB (près du tiers du PIB du secteur primaire); ce qui correspond à une valeur estimée à plus de 505 milliards CFA. Cette valeur donne la mesure de l’importance du cheptel animal et de l’intérêt que revêt une gestion plus efficiente de l’activité d’élevage.

Depuis 1960, la mise en œuvre de la politique d’élevage par les services techniques compétents a permis d’obtenir des résultats appréciables pour ce qui concerne le gros bétail. Ces résultats sont encore plus spectaculaires pour l’aviculture (viande et œufs) dont la production permet de couvrir les besoins des agglomérations urbaines.

Au cours des décennies écoulées, des acquis techniques considérables ont été enregistrés, en particulier dans les domaines de la santé animale et de l’approvisionnement en eau. En effet, un réseau assez dense de forages et de postes vétérinaires a été implanté dans l’ensemble du territoire pastoral du nord du pays.

Il convient toutefois de signaler que l’élevage connaît un certain nombre de difficultés qui entraînent des répercussions négatives sur les milieux naturels. On constate ainsi qu’au plan écologique, la gestion rationnelle des parcours est encore loin d’être assurée. Du point de vue socio-économique, la valorisation des produits de l’élevage et la limitation des importations des produits d’origine animale demeurent encore des objectifs lointains.

Par ailleurs, la disparition des grands projets d’élevage dans la dynamique des programmes d'ajustement structurel risque d’entraîner une remise en cause des acquis obtenus dans le cadre de l’intervention de ces organismes d’encadrement. Cette situation introduit un élément nouveau dans la problématique pastorale. Des opérateurs privés (promoteurs individuels, GIE, entreprises spécialisées dans la production avicole, l’élevage laitier en stabulation, etc.) s’insèrent de plus en plus dans l’activité de production animale, notamment dans les Niayes.

Les contraintes sont multiples et complexes. Certaines sont de nature structurelle (filières de production ou d’approvisionnement en intrants alimentaires), d’autres sont conjoncturelles et renvoient aux conditions du milieu. Parmi les contraintes qui entravent le développement de l’élevage, les plus importantes concernent :

  • - la forte croissance démographique qui conduit à une pression continue sur l’espace pastoral. Elle se traduit par des modes de gestion inappropriés des terres pastorales, des charges animales excessives au regard des ressources alimentaires disponibles, la surexploitation des pâturages et la dégradation des parcours pastoraux ;

    - l’expansion des défrichements agricoles dans la zone Centre-Est du Sénégal et la remontée du front arachidier vers la zone sylvo-pastorale conduisent au déclassement de superficies parfois importantes de réserves sylvo-pastorales (Déaly, Boulal, Mbeggé, etc.) au profit des exploitants agricoles. Il s’ensuit une marginalisation progressive de l’activité pastorale dans de nombreux terroirs agricoles.

  • La modification rapide des modes de mise en valeur du milieu provoque le rétrécissement de l’espace pastoral (y compris dans la zone du Ferlo traditionnellement vouée à l’élevage) et une limitation du rôle et de la place du bétail dans les systèmes agro-pastoraux (dans le bassin arachidier notamment).

    Les opportunités sont d’abord liées à l’existence d’une demande nationale en produits d’origine animale qui est loin d’être satisfaite par la production locale. Bien que la capacité d’absorption soit limitée et les revenus des consommateurs faibles, la marge de couverture des besoins reste suffisamment étendue pour autoriser une forte augmentation de la production.

    Le second atout de l’élevage réside dans les marges de progrès importants qui peuvent être réalisés en matière de valorisation des sous-produits agro-industriels (mélasse, sons, pailles, etc.) pour l’alimentation animale. Il est intéressant de noter que plusieurs investisseurs s’intéressent à ce marché de nouveaux produits qui assurent une croissance pondérale rapide des animaux. Cette opportunité ne manquera pas d’exercer une influence déterminante sur les pratiques d’intensification (embouche animale).

    D’autres opportunités résident dans la gestion "opportuniste" des ressources naturelles pour faire face aux aléas climatiques. Cette gestion se fonde sur plusieurs stratégies souvent combinées : mobilité pastorale, exploitation de ressources clefs, ensilage de l’herbe, etc.

    L’amélioration de la fertilité des sols par fumure organique constitue une pratique connue. Dans le contexte actuel, la marge de progression offerte par le renchérissement du prix des engrais et la diminution de leur emploi dans l’agriculture constituent des atouts supplémentaires.

    Relevons aussi l'existence d'un paquet technologique adapté élaboré par la recherche.

    . Prise en compte de la dimension environnementale

    Le mode extensif domine encore largement la pratique du pastoralisme. Cela impose d’accorder une attention particulière aux facteurs environnementaux qui peuvent exercer un impact négatif sur la productivité des systèmes de production d’élevage. C’est pourquoi le développement des activités pastorales s’articule autour des axes suivants :

  • - optimisation des avantages réciproques de la sédentarisation (fumure animale pour les champs, utilisation de résidus de récolte pour l’alimentation du cheptel, etc.) et de la mobilité pastorale. Des expériences de délimitation d’unités pastorales ont été entreprises dans certaines zones, notamment au Sénégal oriental. Elles ont conduit à des tentatives d’intégration agro-pastorale ;

    - promotion de l’hydraulique pastorale, notamment dans les régions du centre et du nord du pays qui sont quadrillées par des forages à exhaure mécanique. Ces ouvrages ont rendu possible l’exploitation pérenne de certaines zones autrefois délaissées en raison de l’indisponibilité de l’eau en saison sèche. Mais, ils ont aussi engendré des effets négatifs liés à la surexploitation des parcours autour des points d’eau ;

    - intensification de la lutte contre les feux de brousse en vue de préserver les ressources fourragères exploitées par le cheptel.

  • . Impacts de l’activité d’élevage sur l’environnement

    Le pastoralisme induit des effets négatifs sur l’environnement dans la mesure où il est à l’origine de la dégradation des parcours sur lesquels il se pratique. Quelques exemples permettent d’illustrer ce constat :

  • - les densités animales très élevées conduisent à un épuisement rapide des pâturages de la zone sahélienne. Il s’ensuit une dénudation des sols qui renforce les risques de déflation et de stérilisation des parcours;

    - l’émondage abusif des ligneux pour l’affouragement du bétail en saison sèche constitue un facteur d’appauvrissement de la biodiversité ;

    - l’exploitation de zones fragiles par le recours aux feux de brousse pour stimuler la repousse herbacée de contre saison ;

    - le piétinement du sol par les animaux et la déstructuration des horizons de surface favorisent l’érosion éolienne surtout aux abords des forages pastoraux.

  • La relation entre les ressources disponibles et la pression d’exploitation explique les impacts négatifs de l’élevage bien qu’elle contribue par ailleurs au maintien de certains équilibres naturels.

    . Identification des objectifs et des actions prioritaires

    L’importance de l’élevage s’apprécie sur plusieurs plans à travers les objectifs qui lui sont assignés :

  • - la satisfaction de la demande nationale en produits d’élevage (viande, lait, peaux, cuir, miel et autres produits) ;

    - l’amélioration de l’exploitation du cheptel (déstockage des sujets commercialisables, utilisation des animaux pour la traction, etc.) ;

    - l’intégration agro-pastorale (amélioration de la complémentarité entre agriculture et élevage).

  • - la sécurisation foncière de l’activité pastorale ;

    - la protection des zones sylvo-pastorales ;

    - l’intensification de l’élevage ;

    - l’appui technique aux éleveurs.

    Il s’avère nécessaire de mener des actions pour asseoir les bases d'une gestion durable des ressources pastorales et d'une valorisation des potentialités naturelles pour l'économie nationale. Cela passe par :

  • - la décentralisation de la gestion des ressources naturelles au niveau des terroirs pastoraux ;

    . la responsabilisation des organisations pastorales locales ;

    . la mise en œuvre d'approches intégrées et concertées de gestion des ressources naturelles.

  • Il s’y ajoute d’autres actions prioritaires :

  • . initiation des auxiliaires d'élevage aux principes de gestion des ressources naturelles ;

    . instauration de systèmes de cogestion des réserves sylvo-pastorales ;

    . délimitation de zones de parcours et de couloirs d'accès aux points d'eau situés à la périphérie des zones de cultures ;

    . redynamisation des unités pastorales et actualisation des plans de gestion des pâturages ;

    . lutte contre les feux de brousse (renforcement des capacités d’intervention des comités de lutte contre les feux, ouverture et entretien de pare-feu, etc.) ;

    . réhabilitation des points d'eau existants et création de nouvelles installations hydrauliques pour optimiser l’exploitation des pâturages.