1.1.5 Activités hydrauliques
Le Sénégal dispose d'importantes ressources en eaux de surface et souterraines qui peuvent pallier les insuffisances pluviométriques (baisse significative et variation du volume des précipitations. Ces ressources doivent être considérées en fonction des utilisations, telles que l'alimentation, l'irrigation, la satisfaction des besoins des secteurs industriels, miniers et touristiques.
Pour planifier et orienter correctement la politique d'aménagement et d'équipement hydrauliques, une étude bilan/diagnostic des ressources en eau a été réalisée dans le cadre du projet "planification des ressources en eau" qui a pour missions :
- l'élaboration et la mise en oeuvre d'un Plan Directeur de Développement des Ressources en Eau (PDRE) à partir de la mise en cohérence de Schémas Directeurs Régionaux d'Aménagement Hydraulique (SDAH) établis pour les sept zones délimitées en fonction de leur homogénéité en matière d'aménagement et de mise en valeur des ressources en eau.
Le Projet Sectoriel Eau s'articule autour de l'hydraulique urbaine, l'assainissement urbain et le renforcement du cadre institutionnel et réglementaire selon la lettre de politique sectorielle de l'hydraulique urbaine et de l'assainissement.
. Etat des lieux
Même si c'est le potentiel hydrographique qui est concerné en tout premier lieu, il sera également fait référence à la politique hydraulique.
Le réseau hydrographique dépend pour l'essentiel des fleuves Sénégal et Gambie dont les eaux proviennent du Massif du Fouta Djallon.
Le fleuve Sénégal qui reçoit plusieurs affluents (Bafing, Bakoye, Falémé, Kolimbine et Karakoro) s'étend sur un bassin versant de 337.000 km² dont 60.000 sur le territoire national.
Le fleuve Gambie long de 1.150 km (dont 477 km au Sénégal) avec un bassin versant de 77.100 km² constitue le deuxième grand fleuve du réseau hydrographique sénégalais. Il connaît cependant une forte baisse de son niveau d'écoulement.
Le fleuve Casamance est entièrement situé sur le territoire national avec un écoulement estimé à 129 millions de m3 /an à Kolda. La remontée de l'eau salée a toutefois engendré une perte importante de terres de cultures.
La Kayanga est une rivière qui prend sa source en Guinée, traverse le Sud-Ouest du territoire avant de rejoindre la Guinée-Bissau, alors que l'Anambé est un affluent de la Kayanga avec un bassin versant de 1.100 km².
Le Sine et le Saloum constituent aujourd'hui des vallées mortes alors que la partie continentale de leurs bassins connaissait des écoulements avant les sécheresses répétées des années 1970.
Le lac de Guiers est la plus importante réserve d'eau douce permanente. Alimenté par le fleuve Sénégal à partir de la Taouey et situé dans la zone sylvo-pastorale, il constitue un écosystème particulièrement vital et la principale source d'approvisionnement en eau potable de Dakar. La mise en eau du barrage de Diama a permis de porter son volume moyen à 680 millions de m3.
Les zones humides sont de deux types :
- les zones humides littorales qui sont constituées par les écosystèmes estuariens, deltaïques et de lagunes.
Concernant les ressources en eaux souterraines, le potentiel acquifère du pays est très important. On peut distinguer :
- les aquifères du Tertiaire qui regroupent les formations essentiellement calcaires de l'Eocène et du Paléocène ;
- la nappe du Maestrichtien qui est importante, mais très profonde pouvant atteindre 350 mètres ;
- le système aquifère du socle avec les aquifères discontinus de fissures et d'altérations des formations granitiques et métamorphiques du Sénégal oriental.
Dans un contexte de sécheresse et de rareté des ressources en eau, le pays a développé une politique hydraulique tournée de plus en plus vers l'exploitation des eaux de surface.
L'Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) a été créée en 1972 par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal pour promouvoir le développement de l'irrigation le long du fleuve Sénégal. LOMVS est une structure de gestion du bassin hydrographique du fleuve Sénégal. Elle est responsable de la coordination et de l'harmonisation des projets exécutés dans le bassin. A ce titre, elle est chargée des services hydrauliques, de l'allocation à long terme de l'eau entre les pays riverains et de l'exploitation écologiquement viable des systèmes de barrages. Dans le cadre de sa restructuration, il a été mis en place un observatoire de lenvironnement et deux sociétés (pour la gestion de leau et de lénergie).
L'Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie (OMVG) réunit la Gambie, le Sénégal, la Guinée et la Guinée Bissau.
En matière d'hydraulique agricole, en plus des ouvrages de Diama et Manantali sur le fleuve Sénégal, les barrages d'Affiniam, de Guidel et de l'Anambé au Sud et plusieurs digues anti-sel contribuent à la gestion des ressources en eau.
L'hydraulique rurale est constituée de 770 forages motorisés auxquels il faut ajouter des milliers de puits-forages équipés ou non de pompes manuelles. L'hydraulique urbaine couvre 48 centres avec une importante concentration à Dakar. Seules six villes du pays disposent de systèmes satisfaisants d'assainissement.
Sur le plan juridique, il existe la loi 81-13 du 4 mars 1981 portant code de l'eau. Mais, cette loi nest pas encore complétée par un décret d'application. Il faut signaler que la question de la gestion des ressources en eau est traitée dans dautres textes, notamment le code de l'environnement, le code de l'hygiène et celui du domaine de l'Etat qui place les eaux sous un régime de protection spéciale.
Il savère nécessaire délaborer une stratégie de gestion intégrée et durable des ressources en eau et de créer un cadre institutionnel pour sa mise en oeuvre. Mais, le Conseil Supérieur de l'Eau et le Comité Technique de l'Eau en projet depuis plusieurs années tardent à voir le jour.
Les missions assignées au Ministère de l'Hydraulique comprennent la réalisation des grands aménagements hydrauliques, l'alimentation en eau potable des populations et du cheptel, l'irrigation des terres aménagées, la réalisation et l'entretien des forages ainsi que l'assainissement
Les grands projets hydrauliques sont :
- le canal du Cayor ;
- la remise en eau des vallées fossiles ;
- le Programme de Développement de la Rive Gauche du fleuve Sénégal (PDRG);
- le Projet de Développement de l'Anambé, etc.
. Le canal du Cayor, les vallées fossiles et l'environnement
Le projet du canal du Cayor a pour objectif de satisfaire à long terme la demande en eau des ménages dans la région de Dakar. Le canal, long de près de 240 km, devra permettre le développement socio-économique des régions naturelles traversées. La Mission d'Etude et d'Aménagement du Canal du Cayor (MEACC) est investie des pouvoirs les plus étendus pour rechercher les financements, accomplir les études et gérer la réalisation des travaux.
Le Sénégal a reçu une habilitation à extraire 820 millions m3/an (26 m3/s) du fleuve Sénégal pour les besoins du projet du canal du Cayor. La coopération instaurée entre la MEACC et le projet de revitalisation des vallées fossiles a permis denvisager un détournement de l'eau du fleuve pendant la période des crues (on estime que 10 milliards de m3 d'eau sont déversés en mer) au profit des vallées fossiles.
La Mission d'Etude et d'Aménagement des Vallées Fossiles (MEAVF) a pour mission d'oeuvrer à l'exécution du projet de revitalisation de toutes les vallées fossiles notamment celles du Ferlo, du Sine, du Saloum, du Carcar, du Baobalon et du Sandougou.
Pour ce faire, elle doit réaliser tous les travaux de reprofilage ou d'endiguement, construire les ouvrages de prise et les barrages, ouvrir les canaux de jonction en vue de la remise en eau des vallées fossiles. Les études de faisabilité devraient permettre de déterminer de façon plus précise limpact de ce projet en termes de préservation des ressources en eau.
. L'environnement dans le PDRG et les grands projets de laprès-barrages
Le PDRG se propose de promouvoir le développement de l'irrigation sur la rive gauche du fleuve Sénégal avec une demande d'environ deux milliards de m3 par an. Le Commissariat à l'après-barrages qui assure le Secrétariat Permanent du Comité de pilotage de l'après-barrages est chargé de veiller à la cohérence des programmes du Plan Directeur de la Rive Gauche avec ceux du canal du Cayor, du projet de remise en eau des vallées fossiles, du programme de la ceinture verte et de tout autre programme utilisateur des ressources en eau du fleuve Sénégal.
Grâce au barrage hydro-agricole réalisé sur l'Anambé, un volume utile de 50 millions de m3 est disponible pour le développement agricole d'une superficie de 5.200 ha.
Si les aménagements hydro-agricoles induisent des effets positifs importants, ils comportent aussi des risques liés à l'érosion hydrique, aux rejets des eaux de drainage dans les terres et cours d'eau ainsi que la prolifération de vecteurs de maladies liées à l'eau.
Pour ce qui concerne le projet de la ceinture verte, il vise à faire face aux menaces de désertification qui pèsent sur les zones du fleuve Sénégal, de la Falémé et du Ferlo. Son principal objectif est de chercher à rétablir les équilibres écologiques et socio-économiques. Il devrait comporter plusieurs composantes : fixation des dunes, récupération des terres salées, reboisement, aménagement des bassins versants, réalisation de plantations, pêche et pisciculture, production fruitière et réhabilitation des pare-feu.
. Le projet sectoriel Eau et lenvironnement
La récente réforme du sous-secteur de l'hydraulique vise, entre autres, l'amélioration de l'alimentation en eau potable de Dakar, des centres urbains défavorisés et l'assainissement.
La Société Nationale des Eaux du Sénégal (SONES) a pour mission la construction du patrimoine, la gestion des financements pour l'ensemble des infrastructures et ouvrages nécessaires au captage, à la production, au transport et à la distribution d'eau potable et le contrôle de la qualité de l'exploitation du service public.
La Société des Eaux (SDE) est une société anonyme chargée de la production et de la distribution de l'eau en zone urbaine et périurbaine, de l'entretien et du renouvellement du réseau, de la politique commerciale et du recouvrement. Elle reverse à la SONES et à l'exploitant du service public de l'assainissement les sommes collectées pour leur compte.
La SDE est tenue de se conformer aux textes en vigueur en matière d'environnement (Article 13.7 du contrat d'affermage). Elle a l'obligation de s'assurer de la qualité de l'eau distribuée et de se conformer aux recommandations de l'OMS (Article 36). Des contrôles sont faits au niveau de l'usine de Ghith, au lac de Guiers, au laboratoire de Saint-Louis (recherche en métaux lourds, chlore, etc.). La SONES exerce sa surveillance sur les exploitations régionales.
L'Office National de l'Assainissement (ONAS) a pour mission la planification et la programmation des investissements, la maîtrise d'ouvrage, la conception et le contrôle des études et des travaux des infrastructures d'eaux usées et d'eaux pluviales. L'ONAS a aussi en charge l'exploitation et la maintenance des installations d'assainissement des mêmes eaux, le développement de l'assainissement autonome, la valorisation des sous-produits des stations d'épuration et toutes opérations se rattachant directement ou indirectement à son objet.
En milieu rural, une circulaire interministérielle du 1er janvier 1984 autorise la création des comités villageois de gestion des ouvrages hydrauliques, en particulier les forages. Ce cadre a été complété par une autre circulaire (N° 720 du 19 mars 1984) réglementant les conditions d'intervention sur les réseaux ruraux. L'hydraulique rurale s'appuie essentiellement sur l'exploitation des sources d'eaux souterraines.
La pression exercée par les villes et les campagnes sur les nappes souterraines combinée à leur faible recharge conduit à l'abaissement de leur niveau sous l'effet des prélèvements et à la salinisation.
Les problèmes hydrauliques majeurs du pays concernent presque toutes les régions. L'insuffisance des pluies et les risques d'incursion marine conduisent à la salinisation des terres des vallées soumises à l'influence de la remontée saline en Casamance, au Sine Saloum et en aval de Diama. Là où existent des aménagements hydro-agricoles, on peut noter une salinisation secondaire du fait d'un mauvais drainage et la pollution des eaux de surface du fait des rejets. Leffet combiné du déficit pluviométrique et des barrages qui entraînent la suppression des inondations saisonnières des crues tend à empêcher la recharge de la nappe qui constitue souvent la principale ressource en eau des populations et du cheptel.
La surexploitation des nappes souterraines surtout dans la région du Cap vert constitue un sérieux problème nécessitant un suivi permanent des aquifères du littoral nord.
On peut noter des problèmes de protection civile avec l'inondation des villes. En outre, les risques sur la santé des populations sont réels avec l'apparition ou la recrudescence de certaines maladies liées à l'eau du fait des aménagements hydro-agricoles.
L'érosion hydrique se manifeste par le ravinement et la formation de rigoles au niveau des rives des vallées et dans les zones de dépression dans toute la moitié Est du territoire, le Ferlo cuirassé, le plateau cuirassé de Ndiass, le Sud-Est du Sine Saloum et lEst de la Casamance.
En 1991, sont apparus les premiers signes deutrophisation des eaux du lac de Guiers à travers "algae blooms".
Le contrôle de la qualité des eaux de surface, leur mobilisation et leur exploitation rationnelle (avec leur répartition pour les différents usages urbains et ruraux) sont dune absolue nécessité.
En zone urbaine, beaucoup de problèmes demeurent. Toutes les villes ne sont pas assainies, seules Dakar, Thiès, Louga, Saint-Louis et Diourbel et Saly Portudal le sont, mais de manière incomplète avec les risques de contamination des nappes peu profondes, les pollutions du sol et de l'eau. Selon le recensement de 1988, seuls 13 % des ménages sont raccordés au réseau d'égout.
- une meilleure connaissance et une protection efficace des ressources en eau ;
- la mise en place dun cadre institutionnel approprié de concertation et de prise de décision garantissant une gestion globale et cohérente des ressources en eau.
Dans cette perspective, il est retenu délaborer un plan stratégique des ressources en eau. Les principales composantes de ce plan concernent le suivi de l'utilisation des ressources en eau et la réalisation détudes hydro-géologiques de la nappe profonde très peu connue et qui couvre presque l'ensemble du pays.
- en ce qui concerne les eaux de surface, la réalisation du canal du Cayor pourrait contribuer à résoudre les problèmes d'hydraulique urbaine grâce à la fourniture d'eau potable ;
- l'équipement hydraulique des centres urbains et ruraux, l'extension des infrastructures et la réhabilitation des réseaux doivent être poursuivis et soutenus.
- la facilitation de laccès à leau potable constitue un objectif prioritaire ;
- la mise en oeuvre de programmes déconomie deau devra être encouragée à tous les niveaux ;
- des programmes de protection des bassins versants devront être mis en uvre dans le cadre de la coopération sous-régionale.
Ajoutons que la définition du régime des autorisations de prélèvement et des normes de rejet, la police de l'eau et l'amélioration du cadre juridique restent une priorité.
La remise en eau des vallées fossiles devra permettre la recharge des nappes aquifères et faciliter la réalisation de la ceinture verte. Le PDRG est une priorité au même titre que la construction et la réhabilitation des barrages et digues anti-sel dans le Sud du pays.
Pour le sous-secteur de l'assainissement, les actions stratégiques préconisées concernent :
- le traitement et la valorisation des eaux usées pour l'irrigation ;
- l'accroissement des branchements domiciliaires à l'égout et la promotion de l'assainissement autonome.
Le plan de suivi environnemental du Projet Sectoriel Eau prévoit le renforcement des moyens de surveillance et de suivi des nappes et des eaux de surface, l'arrêt des prélèvements supplémentaires d'eau dès 2005 sur les aquifères du littoral Nord, la densification du réseau piézométrique de surveillance des nappes, l'application à la SDE d'une pénalité en cas de non respect du débit autorisé, le raccordement aux conduites d'eau des villages dont les puits sont susceptibles d'être affectés par les nouveaux prélèvements.
La gestion de l'eau est actuellement en pleine mutation. Il importe de prendre toute la mesure de la dynamique engagée pour inscrire la gestion des ressources hydrauliques dans une perspective de durabilité.