1.1.7 Mines, énergie et industrie

Les mines, l'énergie et l'industrie constituent, avec l'artisanat, les principales composantes du secteur secondaire de l’économie sénégalaise. Ce secteur s'est développé tout en se diversifiant dans ses principales branches que sont l'agro-industrie, l'industrie chimique, les activités minières, le textile et l'énergie. Sa contribution au PIB a augmenté entre 1994 et 1995 passant de 16,6 % à 19,5 %.

Les axes stratégiques définis pour le secteur secondaire ont trait à :

  • - la densification du tissu industriel ;

    - l'accroissement de la compétitivité des entreprises industrielles tant sur le marché intérieur qu'à l'exportation ;

    - la valorisation des ressources naturelles ;

    - l'amélioration de l'environnement socio-économique et institutionnel des entreprises du secteur privé, public et parapublic.

  • En raison de l'engagement du Sénégal à mettre en oeuvre des programmes économiques compatibles avec un développement durable, ces axes stratégiques devront de plus en plus prendre en compte les impacts des différentes activités sur les écosystèmes. De ce point de vue, l'étude des sous-secteurs des mines, de l'énergie et de l'industrie donne quelques indications intéressantes.

  • . Etat des lieux
  • . Mines et géologie

    Dans ce sous-secteur, les activités tournées vers l'exploitation et la valorisation des ressources du sous-sol sont privilégiées afin de profiter de l'amélioration du marché international. Les investissements programmés concernaient en 1996 :

  • - la recherche pétrolière (93 %) ;

    - la recherche minière et géologique (6 %).

  • Les phosphates, principales ressources minières du pays sont exploitées actuellement par les Industries Chimiques du Sénégal (ICS) qui ont récemment absorbé la Compagnie Sénégalaise des Phosphates de Thaïba et la Société Sénégalaise des Phosphates de Thiès. En plus des phosphates, le pays dispose de ressources en sel (Kaolack et Dakar), d'attapulgite (Thiès), de marbre (Diamniadio) et de sable marin. A cela s’ajoutent l'or et le gaz naturel de la région de Tambacounda.

    Signalons aussi l'existence des projets miniers spécialisés dans l’exploitation de :

  • - fer au Sénégal oriental (700 millions de tonnes de minerai) ;

    - tourbe dans les Niayes, les deltas du Sine Saloum et de la Casamance (52 millions de m3).

  • Le secteur minier induit des effets bénéfiques au niveau de la production d'électricité (gaz) et des travaux de construction (sable, calcaire lutétien, marnes-calcaires, formations latéritiques, etc.).

    Mais, l'exploitation irrationnelle des carrières peut engendrer de multiples problèmes : dégradation des sols, déforestation, pollution atmosphérique, etc. De même, la surexploitation du sable de mer et du sel du lac Retba peut entraîner l'avancée de la mer sur le continent et la disparition à terme du lac.

    Compte tenu de ces contraintes, la stratégie à retenir devrait s’articuler autour de deux axes :

    - la restauration des zones dégradées par l’exploitation minière ;

  • - l’utilisation de technologies et de techniques d’exploitation soucieuses de la préservation du cadre de vie et des ressources naturelles.

    . Politique énergétique

  • La politique énergétique concerne aussi bien les énergies fossiles comme le pétrole dont l'utilisation est très répandue, que les énergies renouvelables qui sont à l'état expérimental.

    Le Programme de Redéploiement Energétique du Sénégal (RENES) adopté en 1981 visait principalement l'atténuation de la forte demande en combustibles ligneux par une politique de substitution du gaz, de la tourbe et du charbon minéral au charbon de bois. La nouvelle politique énergétique (RENES) définit les axes suivants pour le sous-secteur :

  • - préservation de l'environnement par une réduction progressive de la consommation des combustibles ligneux ;

    - mobilisation des initiatives et ressources privées ;

    - poursuite de l'effort de réhabilitation et de modernisation des infrastructures énergétiques;

    - utilisation rationnelle de l'énergie.

  • Pour l’essentiel, la stratégie adoptée consiste à appliquer une politique d'utilisation rationnelle d'énergie et à mettre l'accent sur l'exploitation des ressources locales alternatives (soleil, tourbe, lignite...).

    Toutefois, l'énergie électrique reste encore un domaine fort exploité au Sénégal. Les investissements réalisés jusqu’ici dans le secteur de l'électricité ont été consacrés plus à la production qu'au transfert et à la distribution de l'électricité. Les réformes institutionnelles en cours et relatives à l'ouverture du capital de la SENELEC à des investissements privés sur la haute tension visent notamment à :

  • - résorber le déficit de production ;

    - améliorer la qualité de l'offre ;

    - densifier le réseau de distribution aussi bien en milieu urbain que rural.

  • La répartition de l'énergie globale consommée au niveau national révèle une nette prépondérance du bois de feu (64,5 % contre 11,5 % pour l'énergie électrique et 24 % pour les combustibles dérivés du pétrole).

    Cette prépondérance du bois et du charbon de bois (60 %) au niveau de l'énergie primaire permet de mesurer l'importance des actions anthropiques dans l'exploitation des ressources forestières. En effet, près de 8 millions de m3 de bois sont prélevés annuellement sur les formations ligneuses du pays pour la fourniture de combustibles domestiques. Les principaux consommateurs sont les ménages dont l'approvisionnement en énergie dépend encore pour 90 % des combustibles ligneux.

    Pour atténuer ces prélèvements sur les formations ligneuses, deux actions ont été entreprises : la politique de butanisation et la promotion des foyers améliorés.

    Toutefois, l’impact de la politique de diffusion de foyers améliorés menée depuis plus d’une décennie reste limitée à cause notamment du prix relativement élevé du fourneau "sakhanal" par rapport au fourneau dit "malgache" auquel il devait se substituer. A cela s’ajoute la faiblesse des capacités de production et de distribution des foyers améliorés.

    La politique de butanisation devra être poursuivie tout en tenant compte du poids de la subvention sur les finances publiques (6 milliards de F. CFA) ainsi que des capacités de stockage, d'emplissage et de distribution des concessionnaires. Il convient également de soutenir la promotion du biogaz.

    En résumé, on retiendra que la surexploitation et la reconstitution insuffisante du couvert forestier notamment autour des grands centres urbains sont à l’origine d'une diminution des superficies forestières de l'ordre de 30% au cours de ces dernières années. Les principaux problèmes du sous-secteur sont liés à :

  • - l’utilisation intensive du bois d’énergie et ses conséquences sur l’environnement, notamment les ressources forestières ;

    - l'insuffisance des ressources énergétiques de substitution ;

  • . Politique industrielle

    Selon le recensement effectué en 1993/94, le nombre des entreprises industrielles serait de 452 avec un investissement brut de 900 milliards de F. CFA et une valeur ajoutée de 240 milliards de F. CFA.

    Les données disponibles indiquent que 50% du chiffre d'affaires du sous-secteur industriel estimé à 805 milliards de F. CFA en 1993/94 provient des industries alimentaires (y compris les conserveries de poisson). Viennent ensuite dans l'ordre les industries chimiques (26%), les industries extractives (9%) et le textile (5%).

    La volonté de promouvoir les PME/PMI a conduit à l'implantation de cinq domaines industriels à Dakar, Saint-Louis, Thiès, Kaolack et Ziguinchor. La Zone Franche Industrielle (ZFI) située entre Rufisque et Dakar abrite des entreprises à statut particulier (production de biens et services destinés à l'exportation et création d'emplois).

    Entre 1994 et 1995 le volume des investissements publics affecté au sous-secteur de l'industrie a baissé de 8,7 à 2,2 milliards de F.CFA. Cependant, une tendance à la reprise a été observée dès 1996 puisque le montant des investissements est remonté à 5,9 milliards de F.CFA.

    La quasi totalité des entreprises industrielles recensées en 1994 se trouvaient localisées dans la région de Dakar (95%). Ainsi, le sous-secteur industriel est caractérisé par une forte concentration d'unités dans cette région. Ce fait explique l’importance des risques et des rejets industriels constatés dans les zones de Hann, Bel-air, Thiaroye sur mer. Ces risques sont accentués par la vétusté des installations et la présence d’habitations à proximité des zones industrielles.

    Les problèmes liés à la pollution et aux risques industriels concernent essentiellement:

  • - le manque de traitement des déchets solides liquides et gazeux rejetés par les unités industrielles ;

    - la non existence de périmètres de sécurité entre unités industrielles et zones résidentielles ;

    - la manipulation et le transport hors normes prescrites de sécurité de produits chimiques et d'hydrocarbures ;

    - la vétusté des équipements et l’insécurité au travail ;

  • . Contraintes liees aux activités du secteur secondaire

    Les problèmes les plus importants du secteur secondaire concernent :

  • - les problèmes d'environnement et de sécurité posés par les industries ;

    - le manque de gestion des produits chimiques (depuis la production ou l'importation jusqu'à leur élimination en passant par leur transport, leur stockage, leur manipulation, etc.) ;

    - le manque de moyens adéquats de contrôle de la pollution industrielle et urbaine ;

    - l'absence d’une politique de vulgarisation et d'incitation à la protection de l'environnement en direction des populations ;

    - les émissions de poussière à partir de carrières à ciel ouvert et d'effluents toxiques au niveau de certaines unités de production ;

    - la non restauration des sols de certaines carrières (calcaires de Rufisque - Bargny et carrières de latérite du Sénégal oriental).

  • L’objectif de développement des industries respectueuses de l’environnement suppose :

    - un renforcement du contrôle de la pollution et promotion de technologies propres ;

    - l’amélioration des systèmes de gestion des produits dangereux ;

  • - le renforcement des mesures tendant à garantir la sécurité au sein des unités industrielles ;

    - la planification rigoureuse des implantations industrielles en relation avec la maîtrise de l’essor urbain ;

    - la délocalisation des implantations industrielles en appui au processus de décentralisation ;

  • - la définition d’un système d’incitation fiscale à prendre en compte dans le code des investissements.