1.2 Politique de population et gestion de l’environnement

Eu égard à la place importante que les activités rurales occupent dans l'économie nationale, il s’avère indispensable d’inverser le processus de dégradation de la base des ressources (terres de culture, habitat de la faune, pâturages, forêts, etc.). Les problèmes environnementaux qui se posent en milieu rural sont d’autant plus importants que la situation démographique du pays est caractérisée par des déséquilibres structurels se traduisant par un taux élevé de croissance ; ce qui entraîne de très fortes pressions sur les ressources naturelles et une compétition aiguë entre les différents acteurs agraires pour l'occupation de l'espace.

Par ailleurs, des appels de populations sont attendus de certains grands projets. Il en résultera des concentrations humaines sur des écosystèmes sensibles ou fragiles avec une accentuation des risques de dégradation écologique. Tout laisse penser que la remise en eau des vallées fossiles provoquera un afflux de migrants dans les zones du bassin arachidier et du Ferlo. Déjà la zone d’emprise du canal du Cayor connaît une densité de peuplement très élevée. En effet, on note actuellement le long de la zone d'emprise du canal, notamment en amont, aux alentours de Keur Momar Sarr, un mouvement d'occupation de l'espace relativement dense sous le double effet de l'arrivée de producteurs privés agricoles et de la sédentarisation des pasteurs peul. Il s'en suit une compétition larvée pour l'occupation de l'espace et l'accès aux ressources naturelles soumises à des pressions qui prendront, à brève échéance, des proportions préjudiciables à la préservation du milieu, ainsi qu’à la stabilité et la cohésion sociale des groupes en présence.

Le bassin de l'Anambé est confronté à l'arrivée de migrants expulsés du bassin arachidier par la saturation de l’espace et le manque de nouvelles terres de culture. Circonscrite au départ à la personne du migrant, ce mouvement a connu un bond quantitatif considérable avec l'arrivée des familles des colons. On ne dispose pas encore de statistiques fiables concernant ces mouvements de populations vers la Casamance (et parfois la Gambie). Mais, il est établi que les départs concernent principalement les arrondissements de Médina Sabakh, Paoskoto et Wack Ngouna (dans le département de Nioro du Rip) où l’insuffisance des terres de culture livre actuellement les forêts classées à des défrichements inconsidérés.

Dans tous les cas, ces migrations internes et les colonats qu'elles vont induire seront à la base d'actions anthropiques avec des effets néfastes sur l'environnement.

Ce qu'il convient surtout de noter face à ces divers phénomènes, c'est la nécessité d'une meilleure connaissance de la situation actuelle des mouvements de populations en vue de cerner les enjeux sociaux et économiques qu'induiront notamment les grands projets (canal du Cayor, vallées fossiles, mise en valeur de la rive gauche du fleuve Sénégal...) et de définir des éléments pertinents de programmes d'actions et de stratégies prospectives pour les établissements humains.

C'est souligner l'intérêt qu'il convient d'accorder dans la délimitation d’un certain nombre de lignes directrices d'anticipation en vue du rééquilibrage de la configuration probable des futurs établissements humains.

Dans cette logique, il s'avère tout aussi nécessaire de disposer rapidement d'un schéma directeur des effets sociaux et environnementaux de ces grands projets. Ce schéma devra constituer le volet opérationnel de la mise en œuvre des mesures d’accompagnement qui seront identifiées après la réalisation ou l’actualisation des études spécifiques d’impact de ces projets sur l’environnement.

Dans le même ordre d’idées, la Déclaration de Politique de Population (DPP) recommande, entre autres actions prioritaires, l’élaboration d’un Plan d’Action National sur la Population et la prise en compte de la dimension environnementale dans la stratégie d’intervention globale en matière de population.