1.1.10 santé et activités sanitaires
Le droit à la santé est reconnu par la Constitution du Sénégal qui dispose en son article 14 que "lEtat et les collectivités ont le devoir de veiller à la santé physique, morale et mentale de la famille". Ainsi, cette disposition engage lEtat à assurer une bonne santé et un cadre de vie sain aux populations.
Il faut signaler par ailleurs que le Sénégal a adopté la déclaration d Alma-Ata de 1978 sur les soins de santé primaire (SSP) ainsi que celle du sommet de Copenhague de 1995 relative à la lutte contre la pauvreté. Ladoption de ces déclarations a conduit les pouvoirs publics à mieux prendre en compte la dimension environnementale dans les politiques sanitaires (éducation pour la santé, approvisionnement en eau potable, assainissement de base, nutrition et alimentation, santé maternelle et infantile, programme élargi de vaccination, lutte contre les endémies locales, traitement des maladies et lésions courantes, approvisionnement en médicaments, etc.).
En dautres termes, les préoccupations de préservation de lenvironnement et des ressources naturelles sont prises en compte dans la définition et la mise en uvre de la politique de santé publique, notamment dans ses aspects relatifs à lhygiène du milieu, lapprovisionnement en eau potable, lassainissement et la conservation des ressources alimentaires. Cette option sest traduite par lélaboration de stratégies et de programmes dactions dans le cadre du Plan National de Développement Sanitaire et Social (PNDSS) pour la période 1997 - 2006.
. Etat des lieux
En 1996, la part du secteur de la santé et de laction sociale dans le budget national a été porté à 7,5%. En 1997, le budget alloué à la santé a bénéficié dune nouvelle augmentation (7,75%). Les pouvoirs publics ont décidé daugmenter chaque année ce taux de 0,5% afin datteindre la barre des 9% à lhorizon de lan 2000, conformément aux recommandations de lOrganisation Mondiale de la Santé.
Globalement, le budget de fonctionnement du Ministère de la Santé et de lAction Sociale (MSAS) a connu un accroissement de 70% au cours de ces dix dernières années : 18.760 millions de francs CFA en 1996 contre 10.939 millions en 1986 . Cette augmentation se justifie pour plusieurs raisons liées notamment à la forte croissance de la population et à la recrudescence de pathologies qui sont pour lessentiel engendrées par un environnement dégradé et des ressources naturelles contaminées sur le plan physico-chimique et microbiologique. Il apparaît clairement que la santé a un coût de plus en plus élevé pour des populations démunies et vulnérables.
Quelques données statistiques récentes permettent dappréhender la situation qui prévaut dans le secteur de la santé :
- la croissance de la population résulte à la fois de la baisse de la mortalité et du niveau élevé et relativement stable de la fécondité (7,1 enfants par femme en 1975 et 6 enfants en 1992/93. Le Taux Brut de Natalité (TBN) est estimé à 47 pour mille, alors que le Taux Global de Fécondité Générale (TBFG) est de 218 pour mille ;
- la mortalité reste élevée malgré la baisse enregistrée au cours de ces dernières années. Le Taux Brut de Mortalité (TBM) est estimé à 18 pour mille et lespérance de vie à la naissance à 54 ans ;
- le taux daccroissement annuel inter-censitaire de 2,7 % reflète une croissance démographique rapide ;
- la mortalité infantile a connu une baisse non négligeable. De 86,4 pour mille en 1986, elle est passée à 68,0 pour mille en 1992/93. Les disparités sont importantes entre les zones urbaines où ce taux sélève 54,5 pour mille et les zones rurales où il atteint 86,7 pour mille ;
- la mortalité juvénile est de 68 pour mille. Les disparités sont encore plus marquées (50 pour mille en zone urbaine contre 106,8 pour mille en zone rurale selon les résultats de lenquête de 1992/93). Ces taux traduisent une surmortalité (entre 1 et 4 ans révolus) ;
- le taux de mortalité infanto-juvénile (probabilité de décéder avant lâge de 5 ans) est estimé à 131,4 pour mille. En zone urbaine, ce taux est de 101,8 pour mille, alors quen zone rurale il sélève à 184,2 pour mille ;
- le taux de mortalité maternelle était estimé en 1988/1990 à 850 pour 100.0000 naissances vivantes selon les statistiques du Ministère de la santé. Ce taux est passé à 510 pour 100.000 naissances vivantes en 1992/93. Cette tendance à la baisse de la mortalité est le résultat des efforts consentis dans le domaine de la santé et de laction sociale (amélioration de la santé maternelle et infantile, renforcement des services de soins sanitaires, amélioration du cadre de vie et des systèmes dapprovisionnement en eau potable, développement du réseau dassainissement et de léducation pour la santé, etc.).
Pour compléter le diagnostic du secteur de la santé, il convient dindiquer que les structures sanitaires publiques se composent de 17 hôpitaux nationaux, 52 centres de santé et 733 postes de santé. Le secteur privé a implanté quelques 40 cliniques.
Dans le cadre de leurs activités, ces différentes structures produisent une quantité importante de déchets biomédicaux ainsi que des ordures de toute nature. La contamination possible de ces ordures par les déchets biomédicaux augmente considérablement la quantité de déchets dangereux. En effet, la gestion des déchets biomédicaux pose de sérieux problèmes dans toutes les structures, à lexception de quelques unes dentre elles, notamment lhôpital principal de Dakar. Le mode de gestion généralement adopté consiste soit à enfouir les déchets anatomiques, soit à les rejeter directement en mer ou encore à les mélanger avec les ordures ménagères qui sont déversés dans des décharges publiques.
Ces pratiques qui ont cours dans la quasi totalité des structures hospitalières faute dincinérateurs performants, engendrent de graves problèmes environnementaux, mais aussi de santé publique : pollutions des sols et des eaux, contamination possible de lhomme, etc. Il faut ajouter que les lacunes dans la formation des agents de la santé en gestion des déchets biomédicaux constitue un handicap supplémentaire.
Les services techniques du Ministère de la Santé et de lAction Sociale procèdent chaque année à un saupoudrage de pesticides dans les grands centres urbains dans le cadre de la lutte contre les vecteurs de maladies. Ces pulvérisations de grande envergure ont entraîné des effets néfastes : forte résistance des insectes vecteurs de maladies et augmentation des résidus de pesticides dans lenvironnement ; ce qui peut provoquer des pollutions lorsque les doses accumulées sont élevées.
Pour ce qui concerne les infrastructures sanitaires, les contraintes sont multiples et concernent lassainissement individuel, les branchements sociaux pour lapprovisionnement en eau potable, le raccordement au système dégout, etc.
Du point de vue de la réglementation, on constate que lapplication du code de lhygiène en milieu urbain reste timide ; ce qui tend à favoriser le non respect de ses dispositions les plus contraignantes. Sur le plan social, labsence de systèmes performants dinformation et de formation en matière dhygiène et de préservation de lenvironnement constitue une des causes indirectes de la détérioration du cadre de vie et de lenvironnement.
Linitiative de Bamako a contribué à faire évoluer la politique des médicaments en encourageant la promotion des médicaments essentiels et la vulgarisation de la nouvelle stratégie fondée sur les médicaments génériques. Ces options ont permis de garantir un meilleur accès aux soins sanitaires pour les populations. Mais dans le même temps, il se pose des problèmes de gestion et daccumulation des stocks pharmaceutiques périmés. Théoriquement, ces stocks devraient être détruits par incinération avec filtrage des composés toxiques. En réalité, ils sont incinérés dans la nature avec des risques de contamination des ressources naturelles et de lenvironnement par les molécules actives ou dérivées et même par certains métaux lourds.
Par ailleurs, lautomédication et lutilisation abusive de médicaments engendrent des phénomènes de résistance des agents pathogènes. Cela oblige à recourir à dautres médicaments plus performants et beaucoup plus chers que les médicaments génériques.
Les difficultés daccès à leau potable obligent les populations démunies à consommer une eau non salubre et des denrées alimentaires de mauvaise qualité. En effet, les résultats de lenquête sur la démographie et la santé de 1992/93 montrent que 48% des ménages sénégalais utilisent leau non potable (sources, cours deau et puits non protégés). En milieu rural, ce sont seulement 28,1% des ménages qui ont un accès raisonnable à une eau salubre (robinet, forage et pompe). Près des ¾ des ruraux sapprovisionnent en eau à partir des puits (65,2 %), qui le plus souvent ne sont pas protégés.
En milieu urbain, environ 54,1% des ménages bénéficient dun branchement particulier et 30,7% utilisent des puits, des sources ou des cours deau souvent pollués. La dotation journalière moyenne pour les branchements particuliers varie de 45 à 114 litres par habitant et par jour suivant les régions et les lieux dhabitations. Cette dotation est beaucoup plus faible pour les couches défavorisées qui utilisent des bornes fontaines : entre 3 et 35 litres par habitant et par jour.
Outre la faiblesse du taux de couverture, dautres problèmes se posent : déficit important en eau au niveau des centres urbains, saturation des conduites deau, vétusté des réseaux de distribution, difficultés liées à lutilisation des bornes fontaines, etc. Ajoutons que labsence de systèmes performants dassainissement de base tend à perpétuer linsalubrité de lenvironnement.
Pour ce qui concerne pour les déchets liquides, seuls 14,3% des ménages disposent de WC raccordés au réseau dégout. 44% des ménages utilisent des WC à fosse ou des fosses perdues et 40,1% des ménages font leurs besoins dans la nature. La proportion des ménages ne disposant daucun système dassainissement est de 60% en milieu rural et de 3,5% en milieu urbain.
. Problèmes majeurs de santé et denvironnement
La dégradation de lenvironnement est à lorigine de plusieurs contraintes dordre sanitaire, dont les plus importantes concernent :
- le taux élevé de mortalité maternelle qui sexplique par la non systématisation des consultations prénatales, la prise en charge déficiente des grossesses, lintervalle intérgénésique très court, les grossesses aux âges extrêmes, la multiparité et la forte proportion des accouchements non assistés, etc. ;
- lindice synthétique de fécondité qui reste relativement élevé en dépit des efforts entrepris dans le domaine de planification familiale ;
- la précarité de la santé des adolescents qui est liée à plusieurs facteurs (sexualité précoce, prévalence des maladies sexuellement transmissibles, toxicomanie, grossesses précoces, etc.) ;
- la persistance des endémies locales (choléra, fièvres typhoïdes...) y compris les MST/SIDA qui saccompagne dune recrudescence des affections à longue durée et des accidents de la circulation ;
- laggravation de la pauvreté qui affecte tout particulièrement les groupes sociaux déshérités et vulnérables ;
- la faible adhésion des populations aux programmes de santé.
Les principaux problèmes dhygiène, de salubrité et de protection de lenvironnement peuvent se résumer comme suit :
- insuffisance de lapprovisionnement en eau de bonne qualité ;
- détérioration et insalubrité du cadre de vie ;
- pollution des eaux, des sols, de lair, des aliments, etc. ;
- inexistence de systèmes performants dassainissement, surtout en milieu rural ;
- accumulation des résidus de pesticides dans lenvironnement.
. Prise en compte de la dimension environnementale
La nécessaire prise en compte de la dimension environnementale dans la définition et la mise en uvre de la politique sanitaire a été réaffirmée lors de lélaboration du Plan National de Développement Sanitaire et Social (PNDSS). Ce plan a pour objectif général lamélioration du bien-être des populations. Son objectif spécifique concerne lamélioration de létat de santé des citoyens. Les résultats attendus sarticulent autour de trois axes majeurs :
- la mortalité et la morbidité sont réduites ;
- linvalidité est réduite ;
- les problèmes sociaux réduits.
Onze orientations stratégiques (OS) ont été définies dans le cadre du PNDSS. Elles concernent :
- OS2 : amélioration de laccessibilité des services ;
- OS3 : amélioration de la qualité des soins ;
- OS4 : développement des ressources humaines ;
- OS5 : amélioration de la performance des programmes axés sur la santé de la reproduction ;
- OS6 : renforcement du contrôle des maladies endémiques et de la surveillance
épidémiologique ;
- OS7 : adoption de mesures de protection individuelle et collective par lhygiène, lassainissement, linformation, léducation et la communication ;
- OS8 : appui au secteur privé et à la médecine traditionnelle ;
- OS9 : développement de la recherche opérationnelle ;
- OS10 : amélioration du cadre de vie des familles démunies et des groupes sociaux vulnérables ;
Ces orientations stratégiques visent principalement à renforcer le système des soins de santé primaires qui constitue la base de la politique de santé et daction sociale. Pour lessentiel, la dimension environnementale est prise en compte par lorientation stratégique N° 7 qui est relative aux actions concrètes de promotion de la santé du cadre de vie (mesures de protection individuelle et collective à travers des actions intégrées en matière dhygiène, dassainissement, dinformation et de communication). Ajoutons que le PNDSS prend en compte linterrelation étroite entre la situation socio-économique, le niveau de lhygiène et de lassainissement.
Les activités programmées dans le cadre du PNDSS sont de plusieurs ordres.
- le contrôle de la qualité de leau, des denrées alimentaires et de latmosphère par le service dhygiène ; ce qui nécessite la construction et léquipement dun laboratoire national et de trois laboratoires régionaux à Saint-Louis, Kaolack et Ziguinchor ;
- le développement des activités dinformation et déducation des populations en matière dhygiène et dassainissement dans le cadre de lapplication de stratégies dIEC prenant en compte tous les domaines de la santé et de laction sociale ;
Dans le cadre de la mise en uvre du plan, il savère indispensable de disposer dinstruments de suivi et dune liste dindicateurs fiables permettant de mesurer limpact des projets de développement sanitaire et social
. Orientations stratégiques et actions prioritaires
Les objectifs fixés en matière dhygiène et dassainissement concernent lamélioration de la salubrité de lenvironnement, de la qualité des denrées alimentaires et des conditions daccès à leau potable. Pour ce qui concerne les systèmes dévacuation et de traitement des excréments, le taux de couverture devra être porté à 50% en milieu rural et à 90% en milieu urbain. La moitié de la population du pays au moins devra adopter des pratiques adéquates en matière dhygiène individuelle et collective.
Dans cette perspective, les stratégies préconisées sarticulent autour de trois axes essentiels :
- intégration des activités des différents intervenants dans les domaines de lhygiène et de lassainissement et collaboration plus étroite entre les municipalités, les ONG, les associations de la société civile et les bailleurs de fonds ;
- renforcement des capacités dintervention du service dhygiène (amélioration de la gestion des ressources humaines).
Pareils objectifs imposent une collaboration étroite entre le Ministère de la Santé et de lAction Sociale, lOffice National de lAssainissement, la SONES, Le Ministère de lEnvironnement et de la Protection de la Nature, le Ministère de lHydraulique, les ONG et les partenaires au développement.
Les actions prioritaires identifiées visent à :
- la mise en place dune filière de gestion des déchets biomédicaux dans un souci de préservation de lenvironnement ;
- la création et laménagement despaces verts dans les hôpitaux ;
- la formation des agents de la santé en hygiène hospitalière et en gestion des déchets biomédicaux ;
- le renforcement de la stratégie des médicaments génériques ;
- la mise en place dun système efficace et écologiquement durable de gestion des stocks de médicaments périmés ;
- laménagement de lespace dans le cadre de la lutte contre les vecteurs de maladies ;
- lapprovisionnement des populations en eau de qualité et en quantité suffisante ;
- la promotion de systèmes dassainissement autonomes et collectifs en milieu rural et périurbain ;
- le développement de programmes déducation et de sensibilisation portant sur lhygiène individuel et collectif ainsi que sur la gestion de lenvironnement et des ressources naturelles ;
- lactualisation, la vulgarisation et lapplication effective du code de lhygiène ;
- la réduction progressive et à terme labandon des activités de saupoudrage de pesticides de grande envergure ;
- la promotion des activités de lutte anti-vectorielle intradomiciliaire.